gayfriendly

Durant mes 3 ans en hexagone, j’ai fait des rencontres surprenantes, agaçantes mais aussi gênantes. L’histoire que je vais vous raconter fait parti de ces rencontres un peu gênantes qui m’ont beaucoup marqué…


Tout s’est passé lors de mon stage à Lyon. Je n’étais pas un employé très ponctuel et j’avais beaucoup de mal à arriver à 9h00 le matin. Je pointais souvent mon nez au bureau vers 9h15, ce qui avait tendance à agacer mes collègues, mais comme je restais bien au-delà de mes horaires de stagiaire le soir, ils faisaient semblant de ne rien voir. Pourtant cela m’énerver de ne jamais arriver vraiment à l’heure, en tant que maniaque, je me devais d’y arriver, ma réputation était en jeu. Un matin, alors que je m’étais lever à 8h10, je me suis donc pressé à avaler mon petit-déjeuner, à me doucher et à attraper le tramway, et miracle ! je suis arrivé au bas de l’immeuble de mon travail à 8h55 !

En entrant dans le bâtiment, j’aperçois un homme fort poli me retenant la porte de l’ascenseur. Touché par ce geste, j’entre dans la cabine et le remercie mais avant que je n’ai le temps d’appuyer sur le bouton de mon étage, le type me dit :

T : J’ai déjà appuyé pour vous

G : Comment ça ?

T (tout sourire) : vous allez au quatrième étage, c’est bien ça ?

G : oui, mais comment vous le savez ?

T (toujours souriant) : ce n’est pas la première fois qu’on se croise tous les deux.

Là je suis un peu surpris et durant toute la durée de la montée, je cogite.

Quand est-ce qu’il a pu me voir, je n’arrivais jamais à l’heure le matin… il monte au cinquième, c’est un architecte, il a dû me croiser dans les escaliers…

Je porte un peu plus attention à la personne que j’ai à côté de moi. Un homme à la trentaine bien passée, cheveux courts poivre et sel, rasé de très près, chemise courte, petit anneau brillant dans une oreille…

Remarquant que je le détaille, il me sourit encore une fois. L’ascenseur s’arrête, je sors lentement et T (puisqu’on va l’appeler comme cela) me dit bien fort : « Passez une bonne journée ! ».

Les jours s’écoulent et un Gaël c’est petit, c’est con et ça oublie vite… je poursuis mes efforts pour arriver à l’heure au bureau. Le problème c’est que les rares fois où j’y arrive, je me retrouve avec T dans l’ascenseur (oui, parce que lui, il est très ponctuel).

Nous avons eu ainsi plusieurs discussions intéressantes dont je vous conseille de lire entre les lignes :

T : Vous avez vu les travaux qu’ils font en ce moment sur le trottoir en face de l’immeuble, on peut facilement se casser la gueule !

G : Non, je n’ai pas vu. Je n’arrive pas dans ce sens le matin

T : Vous prenez le tram ?

G : Ben euh… oui

T : Vous habitez Vénissieux ou le 8ème ?

G : Le 8ème

T : Ah oui ! C’est mieux

G : ??

 


T : Vous faites quoi au juste dans votre bureau d’étude ?

G : Je suis stagiaire

T : Vous êtes à la fac ? en quelle année ? (êtes-vous jeune « jeune » ou jeune légal ?)

G : En master

T : Ah c’est bien, c’est la fin des études alors. Vous comptez trouver du travail à Lyon ?

G : Je ne sais pas, je pourrais retourner à la Réunion aussi

T : Ah oui, c’est vrai, vous êtes réunionnais, vous me l’aviez dit

 


T : Cela fait longtemps que je ne vous avais pas vu !

G : Eh bien, j’étais à Rennes pour soutenir mon stage

T : Ah et ça c’est bien passé ?

G : Euh… oui… (je lui ai manqué ?)

 


T : Dis donc, je vous ai vu tout le mois d’août ! vous n’avez pas de vacances ?

G : Si, j’ai pris une semaine en début septembre pour aller à Rome

T : Vous y aller tout seul ou accompagné ?

G : J’y vais avec une amie…

T (regard presque inquiet) : Une amie hein ?

 


T (suspicieux) : Alors votre voyage à Rome, vous vous êtes bien amusé avec votre "amie" ? (oui les guillemets s’entendent dans ce genre de conversation)

G : On a pas mal visité oui, rien de bien transcendant

T : C’est une ville tellement romantique pourtant ! (vous n’avez pas choisi la bonne personne avec qui aller)

Les jours se suivent ainsi : à chaque fois que je le croise dans les escaliers, il sourit plus qu’il n’en faut, s’il me voit dans la rue, il m’interpelle pour me saluer quitte à raccourcir une discussion avec quelqu’un.

Et à chaque fois, il est tellement charmant que j’en suis déstabilisé, quoique très touché.

Ainsi quand je pris la décision de retourner à la Réunion après mon stage, j’ai eu du mal à le lui dire…

G : Mon stage se finit en fin de ce mois

T (faux espoir) : C’est vrai ça ! et alors ils vous embauchent ?

G : Non, je vais rentrer à la Réunion pour chercher du boulot

T (mine triste d’un enfant) : Ah… eh bien, je ne vous verrai plus alors

G (je sens que je vais chialer… on s’y attache tout de même) : ben… euh… non

T : Alors… euh… Je vous souhaite bonne chance pour la suite

G : C’est gentil à vous…

T : Au revoir alors !

Nous nous sommes quittés ainsi, oui je sais c’est triste comme histoire, mais il faut me comprendre, il était quand même trop vieux pour moi…


^.^

Aujourd’hui en montant dans n’importe quel ascenseur, je pense encore à ce type… car finalement c’était la seule personne que je croisais au travail qui me souriait.

 

en écrivant ce post, j’avais Calogero dans la tête… et Zeus sait à quel point je n’aime pas cette chanson ! alors si je peux vous la mettre aussi dans le ciboulo…

« J’arrive à me glisser juste avant que les portes ne se referment, elle me dit qu’elle étage et sa voix me fait quitter la terre ferme… »

toute ma vie j’ai rêvé d’avoir les fesses en l’air

Lors d’un déménagement, il m’est toujours difficile de me rendre compte que je vais quitter un endroit que j’aimais bien pour un autre où tout est à faire, de la décoration au rangement des vêtements dans un placard. La prise de conscience de mon départ a lieu au moment où je prends mon billet de train ou dans le cas présent, de mon billet d’avion.

Après avoir repousser le moment fatidique pendant des semaines, je me suis résolu en mi-octobre, à acheter mon billet d’avion pour rentrer à la Réunion.

Cela m’a demandé beaucoup de courage, ne voulant pas quitter Lyon, je savais qu’une fois ma place réservée, je ne pourrais pas revenir en arrière.

À force de réserver des billets et des chambres d’hôtel, je suis devenu un habitué. J’ai donc naturellement comparé les prix des différentes compagnies et je suis tombé sur une aberration : un billet d’avion en première classe moins chère que les seconde classe des autres compagnies. Après une vérification rapide avec ma banque (maman) j’ai sauté sur cette occasion de voyager du côté chic de l’avion. Plus de 10 années de classe « bétail » ont eu raison de moi.

La réservation a peine terminé, je reçois déjà des mails de la compagnie aérienne me précisant les avantages de la première classe par rapport à la seconde : enregistrement à part et plus rapide, salon d’attente, sièges inclinables dans l’appareil. Autant de mots qui donne des frissons quand on est habitué à être maltraité pendant ses voyages en avion : bébés qui pleurent, sièges possédant un angle de 10°, repas insipide… Ce « luxe » n’est pas dans mes coutumes.

Le jour J arrive, mes deux valises (j’ai droit à 40 kg, youpi !) sont prêtes et j’attends l’enregistrement qui s’avère être l’une des situations les plus marquantes de ma vie. Alors que tout le monde fait la queue, je passe tranquillement au guichet réservé aux premières, en voyant les autres me fusiller du regard. En mon for intérieur, j’espère ne pas être refoulé par l’hôtesse, parce qu’il n’y a pas à regarder longtemps : je n’ai pas l’aspect d’un habitué de la classe affaire. Tout se passe pourtant très bien, même si l’hôtesse me sourit de toutes ses dents qu’après avoir vérifier ma réservation. Mais je ne fais pas vraiment attention à elle, je suis plutôt intéressé par mon exploit : j’ai réalisé deux bagages avec un poids total de 40 kg tout pile sans utiliser de balance !

Arrivée dans l’avion, je dois rejoindre le pont supérieur, sous les regards médusés de certains passagers. Le steward vérifie mon billet sans y croire et après une hésitation : « Bienvenue Monsieur Léger ».

À peine suis-je assis qu’on me propose du champagne. Ce n’était donc pas une légende, ici c’est mousseux (presque) à volonté ! Ceux qui me connaissent bien savent que je ne bois pas d’alcool, mais pour le coup, je fais une entorse à l’une de mes règles de vie les plus fondamentales. Ce verre de champagne, dans l’avion, ne me fait toutefois pas perdre le Nord : j’observe les gens autour de moi et recherche les stéréotypes. Finalement l’idée qu’on se fait sur la faune de la classe affaire est surfaite. À mes côtés, un couple de « jeunes » mariés originaires d’Auvergne, tout ce qu’il y a de plus charmant, pour eux aussi c’est leur premier voyage en classe « dentelle » et ils n’hésitent pas à  interpeller l’hôtesse pour poser des questions sur le déroulement du vol. Dès les premières secondes, je les ai trouvés adorables.

Un vieux couple aux visages très fermés, ils ont l’air très heureux d’être ici et regardent les autres avec un léger air supérieur… Je sens qu’ils vont me plaire. Un couple de jeunes "métropolito-réunionnais", un autre vieux couple peu intéressant et un homme branché ayant 30 ans. Bref, la moitié des sièges n’est pas occupée !

Nous avons vu sur le poste de pilotage, et là, grande nouvelle ! les pilotes sont comme nous, ils vont exactement dans les mêmes toilettes que les autres passagers et leurs repas sont légèrement meilleurs que ceux qui sont proposés en seconde classe. Après tout, ils sont là pour travailler, pas pour parader.

Pour revenir au repas, je découvre dans la poche devant moi un menu avec deux plats chaud au choix :

Et alors que l’hôtesse nous propose à boire, elle prends aussi les commandes des plats. Après 30 minutes nous voilà servi, et c’est le choc ! Je n’ai malheureusement pas pu prendre de photo, mais j’ai mieux mangé dans cet avion que dans certains restaurants. Cependant, ce n’est pas le goût ni la quantité de nourriture qui a retenu mon attention, mais la présence sur mon plateau de couverts en inox, de vaisselle en céramique, d’une salière et d’un poivrier (miniatures certes).

Je trouve ce faste exagéré, qui va faire la vaisselle ensuite ? Là encore l’hôtesse nous demande si nous souhaitons arrosé notre plat par un vin (3 choix) ou un autre alcool. Je prends un Minute Maid Pomme et remarque la tête décontenancée de la « serveuse » se demandant si je suis mineur (j’étais rasé de près ce jour-là).

Une heure de vol plus tard, le repas bien entamé et un Figaro à peine lu (oui parce qu’on a droit aux périodiques aussi et pas uniquement au magazine de la compagnie), les stewards nous donne à chacun un écran portatif avec une liste des jeux, séries et films disponibles parmi lesquels : Tetris, Dr House et Avatar.

Sur la liste proposée, le seul film que je n’ai pas vu (et qui « m’intéresse ») c’est « les Bronzés font du ski ». Le film m’a étonnée, et dire que les gens m’en parlent depuis plusieurs années comme une référence du comique. Je ne suis pas déçu, mais je comprends mieux le cinéma français maintenant et le succès de films comme « Camping » ou « Bienvenue chez les Ch’tis ».

On repasse dans les couloirs pour vérifier si nous ne manquons de rien… « un jus de pomme ne me ferait pas de mal ».

Les hôtesses nous donnent de petits sacs bleus avec à l’intérieur des chaussettes pour ne pas souffrir des pieds, des boules Quiess, un cache-yeux (j’invente des mots), une crème de jour (pour avoir le teint frais) une brosse à dents et un tube de dentifrice. De quoi bien passer la nuit.

Lorsque je commence à m’assoupir, j’essaie d’incliner le siège et là surprise ! Je peux presque m’allonger, j’étends mes pieds et je ne touche même pas le repose-pied en face de moi ! C’est trop pour être vrai !! Je vais super bien dormir ! j’ai même honte d’être ici et donc avant de me coucher, j’ai une petite pensée pour tous ceux qui sont en "classe bétail"… deux secondes de compassion devraient suffire.

Malgré ce confort, je ne trouve pas le sommeil, mes dents de sagesse ont eu la belle idée de me faire souffrir durant tout le voyage. Pourquoi maintenant ? Pourquoi ici ?! Saloper** !!

Le lendemain matin, nous avons droit à du pain perdu (mon voisin Auvergnat choisis une omelette, qu’il en soit maudit !). Le petit-déjeuner est équilibré et nom de Zeus ! il est bon !

Une fois de plus les couverts en inox et les assiettes en céramique me perturbent.

J’utilise le kit de lavage dentaire fournit la veille par l’hôtesse, c’est une des rares fois où j’aurais l’haleine fraîche en sortant de l’avion.

Avec toutes les occupations qui sont à notre disposition durant le vol, celui-ci ne paraît pas très long (je considère que manger est une distraction dans un avion), pour la première fois, les 11 heures m’ont paru courtes, je ne vérifiais pas ma montre toutes les demi-heures. C’est peut-être aussi dû à mon état d’esprit pendant ce vol : presque serein. Je vais retrouver l’île.

Arrivée à la Réunion, où la température est de 28°C, après avoir survolé Saint-Denis et le centre commercial géant de Sainte-Marie, je patiente pour avoir mes valises. La première arrive en 5 minutes, la seconde au bout d’une demi-heure. Comment deux valises enregistrées en même temps peuvent arriver sur le tapis avec un si grand décalage ?

la première valise

Je retrouve ma famille (au complet !) et leur fait un compte-rendu du vol :

« C’est bien la première classe, peut-être trop bien. Il devrait y avoir une classe intermédiaire, pour ceux qui n’ont pas besoin de tout ce faste mais qui mérite mieux que d’être traité comme des animaux ».

P.S : Un immense merci à Annie Cordy pour cette magnifique chanson "L"hôtesse de l’air" (paroles de Jacques Dutronc)

journal d’une fin imminente

Suis-je fatigué ? oui

Ai je encore de l’appétit ? non

Mes bras sont-ils endoloris à force de préparer et porter des colis ? oui

Les appels téléphoniques de mes parents m’énervent ils ? oui

Est-ce que j’ai découvert des vieilles affaires au fond de mon placard ? oui

Cela m’a t-il déprimé ? oui

Ai je donné de vieux habits au secours populaires ? oui

Mon compte bancaire possède t-il deux chiffres ? oui

Les posters de mon appartement sont-ils encore présents ? non

Ai-je envie de hurler mon chagrin sur le sommet de la colline de Fourvière ? oui

Il y a des signes qui ne trompent pas. Je déménage.

Au revoir Lyon, de toute façon ça ne pouvait pas marcher entre nous, je préfères les tigres.

Retour à la Réunion prévu à Roland Garros samedi 30 octobre 2010 à 11h

à la confluence, on y danse


Il y a une histoire que je n’ai jamais osé écrire. Une histoire assez difficile à expliquer et qui parfois me hante la nuit. J’en ai
fait part à certains de mes amis, mais je ne me sens pas mieux pour autant, peut être à cause de leur moquerie une fois que j’ai terminé mon récit.
Aujourd’hui, il faut que je le mette par écrit, pour exorciser une fois pour toute cette histoire démoniaque et surtout pour reprendre tous les détails…
scabreux ?

Alors que le printemps s’était installé à Lyon, je me retrouvais pour un week-end tout seul en ville. J’en avais profité pour faire un tour au centre commercial de la Part-Dieu, mais mon errance n’a pu combler la journée entière, si bien qu’à 16h je ne savais plus quoi faire pour m’occuper. Je décidais donc d’aller dans le quartier de la Confluence afin de découvrir les nouveaux immeubles.


Aparté pour les non-lyonnais : le quartier de la Confluence (du Rhône et de la Saône) est un ancien site glauque en cours de réaménagement. Il s’agit d’un des plus gros chantiers actuellement en ville, le projet est très ambitieux, il faut transformer le bout de la presqu’île en véritable petit centre-ville avec commerces, cinémas, habitations, restaurants chics, une place nautique et surtout le nouveau musée des Confluences (remplaçant du Muséum de Lyon).

Arrivé dans le quartier-chantier, je suis étonné par l’architecture des bâtiments : des immeubles oranges, argentés et noirs d’une grande originalité donnant sur les quais de la Saône avec une vue magnifique sur la colline de Fourvière. Je prends quelques photos avec mon appareil (qui ne me quitte jamais) et imagine déjà le bonheur que ce serait de vivre ici.

Je vois les apéros (au jus de fraise) sur le balcon avec des amis, regardant le soleil se coucher derrière la colline de Fourvière et écoutant le silence de la Saône qui s’écoule.

Je vois un couple qui se dit des mots d’amours en se tenant la main assis sur les escaliers face à la place nautique et écoutant un jeune adolescent, à la peau lisse et aux cheveux longs et blonds, massacrait à la guitare la chanson de Saez « jeune et con ».

Je vois des enfants avec des glaces à la main courir devant leurs mères à la sortie du centre commercial où elles viennent de leur acheter de beaux vêtements pour la rentrée.

Je finis de prendre ma photo d’un immeuble argenté « effet miroir » et penses que si un promoteur immobilier passait par là avec un contrat pour un appartement, je signerai tout de suite et m’endetterai sur plusieurs générations rien que pour avoir un petit bout de ces visions devenir réel (ça se vend tout seul ces appartements).

Mais au moment où je me retourne, je remarque quelque chose de bizarre dans une des voitures stationnées à côté de moi, l’une des portières arrière est ouverte.

Je vois alors un type debout en train de récupérer quelque chose sur les sièges arrière. Une microseconde plus tard, deux jambes féminines entourent le cou du mec en question. Je n’arrive pas à détourner mon regard. Le type m’aperçoit est comme si de rien n’était, il enlève son froc et son caleçon.

Je percute enfin : une prostituée ! mais oui !! la Confluence est le quartier des catins ! comment ai-je pu oublier ça ??!!

Mon cerveau envoie un message au reste de mon corps : « Bouge de là ».

Alors j’ai bougé… les yeux écarquillés, j’ai continué mon chemin. Je n’avais pas fait trois pas que je remarque une camionnette pas très loin avec trois ouvriers du BTP lorgnant en direction de la voiture du coït payant.

Je re percute : ils attendent leur tour ?! il y a des prix de groupe ?!!

Mon cerveau envoie un message au reste de mon corps : « Casse toi ! »

C’est ainsi que mes visions d’il y a 2 minutes s’effondrent dans un fracas : il pleut sur le balcon de l’apéro, le couple se dispute et la fille balance son copain dans la Saône, les enfants se sont viandés et ont sali leurs vêtements avec la glace. La seule image qu’il me reste c’est un type baissant son froc à l’arrière d’une caisse et 3 ouvriers impatients d’en faire de même.

Je continue toutefois ma balade (les yeux toujours écarquillés). J’arrive à proximité des restaurants chics donnant sur la Saône. La musique diffusée est classe, les gens à la terrasse sont classes, et le prix des consommations me casse. Un couple de cycliste passe près de moi, je n’y porte pas vraiment attention.

Arrivé à la Sucrière (ancien entrepôt réhabilité en salle d’exposition d’œuvres modernes), je remarque un taxi stationné. Personne à l’avant de l’auto, c’est bizarre un taxi sans propriétaire. Au moment où je m’approche pour savoir si l’engin est abandonné, une tête de femme se relève des sièges me jette un regard et replonge.

Même les taximen ?? N’y a t-il que des hommes sans sens moral dans cette ville ?

Je continue tout de même, je souhaite voir le chantier du musée des Confluences, très près de pont de l’autoroute. Le couple de cyclistes s’est arrêté au niveau du chantier, alors que je prends des photos, ils me regardent bizarrement, on dirait que je les dérange. Je repars et repasse sous le pont, je remarque alors des magazines abandonnés sur lesquels des filles dénudées prennent des pauses exagérées, ainsi que des emballages petits et carrés en aluminium…

Les gens font ça sous le pont de l’autoroute de la Confluence ? mais c’est dégoûtant !

Mais attends une minute (dit mon cerveau à ma conscience)
Alors le couple qui attendait que je parte voulait…

Nouveau message de mon cerveau à mon corps : "Bon Dieu mais tire-toi d’ici !"

Je repasse derrière les restaurants et là c’est le coup de grâce : une camionnette de prostitué garé à côté d’une voiture… C’est sur rendez-vous ? c’est peut-être pour un gars qui travaille dans un des restos.

Sur le parking où sont garés les clients chics des restaurants, je vois des mini Cooper, des Mercedes, BMW, Audi, préservatifs usagers, DVD pour adultes, tube de lubrifiant…

Mon sens moral prend un sacré coup…

Mon cerveau questionne mon corps : « tu ne peux pas marcher plus vite ? »

En voulant reprendre le Tram 1 pour rentrer, je me fais accoster par une fille pas assez habillée pour être honnête. Réponse de ma conscience traumatisée :

« Je suis peut-être en manque, mais pas à ce point !! »


Arrivée à l’arrêt de tram, j’essaie de reprendre mes esprits. Ce sont des choses tout à fait normales qui existent depuis la nuit
des temps. C’est juste que t’es quelqu’un de trop prude et innocent, tu viens juste de subir une sorte de dépucelage. Tu viens de découvrir un côté de la nature humaine que tu ne connaissais pas…

Le tram arrive, je m’installe à l’intérieur. Un type entre en même temps que moi.

Attends, mais ce n’est pas toi que j’ai vu tout à l’heure avec deux jambes autour du cou ? Il n’a pas l’air dérangé, ce n’est pas comme s’il venait tout juste de faire quelques chose de réprimé par Benoit XVI.

La voix du tram nous préviens : "Prochain arrêt : église Sainte-Blandine"

Le pire pour moi c’est le manque de scrupule.

P.S : ce n’est pas mon premier contact avec le métier de… Vendeuses de « bon temps ». c’est juste la première fois de ma vie que je voyais leurs clients et que je découvrais leur manque de honte et de scrupules.

 

 

 

les 5 phases du deuil

 

Depuis quelques jours, tout le monde me le rappelle, c’est devenu inévitable.

En stage : « et alors Gaël, tu fais quoi après ? tu rentres à la Réunion ? »

Sur Hotmail : « quand est ce que tu reviens ? »

Au téléphone avec mes parents : « t’as pensé à la résiliation de ton abonnement de téléphone portable avant ton retour ? »

On n’arrête pas de me parler de mon retour sur l’île, mais personne ne m’a demandé si je voulais revenir, si cela me faisait plaisir.

 

C’est vrai, j’ai tenu un an de plus que prévu en Hexagone en faisant un deuxième Master que j’ai, par miracle, réussi. Je n’ai donc plus rien à faire ici et pourtant l’idée que cette période de ma vie s’arrête créée en moi une certaine détresse. Cette sensation est amplifiée par l’avenir que j’entrevois, au mois de novembre, je serais à la recherche d’un emploi sur une île où les places sont rares et surtout je ne vivrais plus seul, mais une nouvelle fois avec mes parents. Cela devrait enchanter n’importe quel Cyprien, mais pas moi (désolé pour ceux qui ne connaissent pas le film). C’est clair : je ne veux pas revenir et pourtant il le faut. En tout cas c’est ce qu’on ne cesse de me répéter.

Alors me voilà en train de faire un deuil.

Le deuil de cette vie menée depuis 3 ans.

 

Elisabeth Kübler-Ross a étudié les différentes phases par lesquels nous passons lors d’un deuil ou face à la mort. Je pense que je vais devoir passé par ces 5 phases jusqu’au jour de mon départ de Lyon.

Le Déni : je suis actuellement dans cette phase, je n’accepte pas le fait que cette « vie » va s’arrêter. Je refuse de me rendre à l’évidence : je n’ai plus rien à faire ici, je dois rentrer et affronter une situation déplaisante : la recherche d’emploi.

« Non, non, non, non, non !! je ne pars nulle part ! c’est trop tôt, il y a maldonne, vous vous trompez, moi je reste ! c’est une erreur épouvantable, revoyez votre calendrier ! »

La Colère : « mais bordel de Dieu !! pourquoi ? pourquoi dois-je partir ? ce n’est pas juste !! je veux rester !! arrêtez de me dire que je dois m’en aller ! arrêtez de me parler de billet d’avion et de déménagement ! je n’en veux pas ! »

Le Marchandage : « pitié ! encore un an, histoire que je trouve un emploi convenable. Laissez moi profiter encore un peu de l’Hexagone, je n’ai même pas fait ici la moitié de ce que je voulais ! ça ne peut pas s’arrêter comme cela ! je ferais un sale boulot pour compenser ! je suis prêt à refaire un stage mal payé et esclavagiste s’il le faut ! »

La Dépression : « Ouiiiinnn !!!!!!! pourquoi ? qu’est ce que j’ai mal fait ? j’ai été méchant ? j’ai réussi toute ma scolarité pourtant ! ce n’est pas juste !! Ouiinnn !!!! »

L’Acceptation (le jour du départ, face  l’avion) : « Bon okay, on y va, ça ne doit pas être si terrible de prendre cet avion… je vais retourner sur île et profiter du beau temps, de mes proches, des cirques et je pourrais peut-être trouver un boulot sympa et bien payé après tout. Je n’aurais aucun mal à revenir en Hexagone pour des vacances ensuite ! »

 

Remarquez que cette dernière phase est trop optimiste pour qu’un dépressif chronique comme moi y arrive.

 

Que mes amis sur l’île se rassurent : je vais bien revenir définitivement à la Réunion, même si cela ne m’enchante pas. Si l’idée de vous revoir ainsi que mes proches me plaît, la perspective de rester sans emploi chez mes parents me pousse à m’enchaîner dans mon appart Lyonnais !

Bref… c’est le début d’une période peu réjouissante pour moi.

Ah oui sinon, ben… rien !!

(Jny et Flo vous comprendez)