Durant mes 3 ans en hexagone, j’ai fait des rencontres surprenantes, agaçantes mais aussi gênantes. L’histoire que je vais vous raconter fait parti de ces rencontres un peu gênantes qui m’ont beaucoup marqué…
Tout s’est passé lors de mon stage à Lyon. Je n’étais pas un employé très ponctuel et j’avais beaucoup de mal à arriver à 9h00 le matin. Je pointais souvent mon nez au bureau vers 9h15, ce qui avait tendance à agacer mes collègues, mais comme je restais bien au-delà de mes horaires de stagiaire le soir, ils faisaient semblant de ne rien voir. Pourtant cela m’énerver de ne jamais arriver vraiment à l’heure, en tant que maniaque, je me devais d’y arriver, ma réputation était en jeu. Un matin, alors que je m’étais lever à 8h10, je me suis donc pressé à avaler mon petit-déjeuner, à me doucher et à attraper le tramway, et miracle ! je suis arrivé au bas de l’immeuble de mon travail à 8h55 !
En entrant dans le bâtiment, j’aperçois un homme fort poli me retenant la porte de l’ascenseur. Touché par ce geste, j’entre dans la cabine et le remercie mais avant que je n’ai le temps d’appuyer sur le bouton de mon étage, le type me dit :
T : J’ai déjà appuyé pour vous
G : Comment ça ?
T (tout sourire) : vous allez au quatrième étage, c’est bien ça ?
G : oui, mais comment vous le savez ?
T (toujours souriant) : ce n’est pas la première fois qu’on se croise tous les deux.
Là je suis un peu surpris et durant toute la durée de la montée, je cogite.
Quand est-ce qu’il a pu me voir, je n’arrivais jamais à l’heure le matin… il monte au cinquième, c’est un architecte, il a dû me croiser dans les escaliers…
Je porte un peu plus attention à la personne que j’ai à côté de moi. Un homme à la trentaine bien passée, cheveux courts poivre et sel, rasé de très près, chemise courte, petit anneau brillant dans une oreille…
Remarquant que je le détaille, il me sourit encore une fois. L’ascenseur s’arrête, je sors lentement et T (puisqu’on va l’appeler comme cela) me dit bien fort : « Passez une bonne journée ! ».
Les jours s’écoulent et un Gaël c’est petit, c’est con et ça oublie vite… je poursuis mes efforts pour arriver à l’heure au bureau. Le problème c’est que les rares fois où j’y arrive, je me retrouve avec T dans l’ascenseur (oui, parce que lui, il est très ponctuel).
Nous avons eu ainsi plusieurs discussions intéressantes dont je vous conseille de lire entre les lignes :
T : Vous avez vu les travaux qu’ils font en ce moment sur le trottoir en face de l’immeuble, on peut facilement se casser la gueule !
G : Non, je n’ai pas vu. Je n’arrive pas dans ce sens le matin
T : Vous prenez le tram ?
G : Ben euh… oui
T : Vous habitez Vénissieux ou le 8ème ?
G : Le 8ème
T : Ah oui ! C’est mieux
G : ??
T : Vous faites quoi au juste dans votre bureau d’étude ?
G : Je suis stagiaire
T : Vous êtes à la fac ? en quelle année ? (êtes-vous jeune « jeune » ou jeune légal ?)
G : En master
T : Ah c’est bien, c’est la fin des études alors. Vous comptez trouver du travail à Lyon ?
G : Je ne sais pas, je pourrais retourner à la Réunion aussi
T : Ah oui, c’est vrai, vous êtes réunionnais, vous me l’aviez dit
T : Cela fait longtemps que je ne vous avais pas vu !
G : Eh bien, j’étais à Rennes pour soutenir mon stage
T : Ah et ça c’est bien passé ?
G : Euh… oui… (je lui ai manqué ?)
T : Dis donc, je vous ai vu tout le mois d’août ! vous n’avez pas de vacances ?
G : Si, j’ai pris une semaine en début septembre pour aller à Rome
T : Vous y aller tout seul ou accompagné ?
G : J’y vais avec une amie…
T (regard presque inquiet) : Une amie hein ?
T (suspicieux) : Alors votre voyage à Rome, vous vous êtes bien amusé avec votre "amie" ? (oui les guillemets s’entendent dans ce genre de conversation)
G : On a pas mal visité oui, rien de bien transcendant
T : C’est une ville tellement romantique pourtant ! (vous n’avez pas choisi la bonne personne avec qui aller)
Les jours se suivent ainsi : à chaque fois que je le croise dans les escaliers, il sourit plus qu’il n’en faut, s’il me voit dans la rue, il m’interpelle pour me saluer quitte à raccourcir une discussion avec quelqu’un.
Et à chaque fois, il est tellement charmant que j’en suis déstabilisé, quoique très touché.
Ainsi quand je pris la décision de retourner à la Réunion après mon stage, j’ai eu du mal à le lui dire…
G : Mon stage se finit en fin de ce mois
T (faux espoir) : C’est vrai ça ! et alors ils vous embauchent ?
G : Non, je vais rentrer à la Réunion pour chercher du boulot
T (mine triste d’un enfant) : Ah… eh bien, je ne vous verrai plus alors
G (je sens que je vais chialer… on s’y attache tout de même) : ben… euh… non
T : Alors… euh… Je vous souhaite bonne chance pour la suite
G : C’est gentil à vous…
T : Au revoir alors !
Nous nous sommes quittés ainsi, oui je sais c’est triste comme histoire, mais il faut me comprendre, il était quand même trop vieux pour moi…
^.^
Aujourd’hui en montant dans n’importe quel ascenseur, je pense encore à ce type… car finalement c’était la seule personne que je croisais au travail qui me souriait.
en écrivant ce post, j’avais Calogero dans la tête… et Zeus sait à quel point je n’aime pas cette chanson ! alors si je peux vous la mettre aussi dans le ciboulo…
« J’arrive à me glisser juste avant que les portes ne se referment, elle me dit qu’elle étage et sa voix me fait quitter la terre ferme… »










