c’est bio, c’est beau…

J’en ai entendu parler depuis longtemps. Je sais que ça existe, certains de mes collègues y vont souvent d’ailleurs. Moi, j’hésitais m’y aventurer, j’avais peur de cette expérience nouvelle, peur de ne pas être à la hauteur, de ne pas être à ma place.

Vous voyez de quel genre d’endroit je parle ? non ? Il s’agit du supermarché bio (non, je ne parlais pas de maison close).

Les produits issus de l’agriculture biologique : est-ce un phénomène de mode ? une vraie révolution ? un retour à une nourriture plus saine ? un pied de nez à la consommation de masse ? Je n’en sais rien, mais aujourd’hui après plusieurs hésitations, j’ai franchi le pas, pris mon courage à deux mains et je suis allé dans un supermarché Bio (la grande aventure >.<).

Ma collègue Kimi (gardons son anonymat intact…) m’avait parlé d’un petit magasin bio avec plein de légumes et quelques denrées alimentaires à des prix « abordables » tout près du plus grand hypermarché de l’île.

Kimi : « Vu que tu vis tout seul, ça vaut peut-être la peine de manger des produits sains, ça te changera… » me dit-elle un jour que je mangeais à pleine dent une pomme couverte de pesticides et importée d’Afrique du Sud sans l’éplucher…

Faisant partie, par la force des choses, de la classe des « jeunes cadres dynamiques » conscients des problèmes environnementaux et privilégiant une vie saine et sereine, je pense que le supermarché bio était une étape obligatoire à mon existence (le passage obligé pour quiconque a eu des cours d’agronomie sur les plants de tomates à la fac).

C’est donc cette réflexion de Kimi qui m’a aidé à franchir le pas. Voyons voir si je rentre effectivement dans la catégorie « Bobo, bio, branché ».

Première étape : localiser le magasin en question.

Grâce aux indications que Kimi m’a donnée au boulot, je n’ai pas trop de mal à trouver le supermarché en question… dans une zone résidentielle… dans un virage… avec une pauvre banderole dessus… et à 3 kilomètres du plus grand supermarché de l’île.

Deuxième étape : Entrer dans le magasin.

Je me gare sur le petit parking et déjà une série d’angoisses m’envahissent : « mon Dieu, je ne vais pas être à ma place, il doit y avoir que des gens qui savent faire la différence entre une graine de quinoa et une graine de sarrasin, qui ont vu 10 fois « Une vérité qui dérange », qui connaissent la quantité de CO2 qui a été produite l’année dernière sur Terre… »

Alors que je suis en plein remise en cause (qu’est ce que je fous là ??) un 4X4 se gare à mes côtés… « Ah ben, finalement il n’y a pas que des fans de Nicolas Hulot qui viennent ici… »

Bref, ma confiance en moi ayant fait « level up ! », je sors de ma voiture et entre dans le supermarché.

Enfin, « supermarché » est un grand mot, la pièce est de la taille d’un studio étudiant : 27 m2 caisse comprise.

Troisième étape : Faire le tour du propriétaire (ça devrait être rapide)

Au centre, se dresse une sorte d’autel central : le présentoir de légumes. Je m’approche, non sans crainte… les légumes sont ils aussi beau qu’on nous le prétend ? sont-ils frais et éclatant de santé ? Je suis à 1 mètres de la première casette de carottes et là… grosse désillusion : mais c’est minuscule ! C’est quoi cette arnaque ? Dans la casette : 8 carottes se sont perdus, restes d’une bataille féroce entre précédents clients ? Je regarde à droite, à gauche, en haut et en bas, cherchant le reste des carottes dans les casettes alentour : rien. « Les gars, vous êtes vraiment tous seuls ? » Si ces carottes pouvaient me répondre, elles m’auraient supplié de les achever. Toutes semblaient avoir fait le débarquement de Normandie : sales, cabossées, fripées. Pas une de fière et d’élancée. Je les aurais bien hachés menu tout de suite pour abréger la souffrance qu’a dû être leur existence.

Je regardes ce qu’il y a d’autres comme fruits et légumes : des ananas verts, des courgettes pour mini-pouces, des salades qui tirent la tronche, des bananes bien vertes (solidarité avec les ananas), du gingembre, persil, thym, pommes de terres et c’est tout. Bon Dieu quel choix !

Quatrième étape : chercher quelque chose à acheter.

Bon, maintenant que j’y suis autant acheté quelque chose. Je m’approche des autres rayons :

–     des petits pots pour bébés : ça ne va pas être possible

–     des graines : on ne m’avait pas menti !!! c’est donc vrai, les Bobos-Bio mangent des graines !! et il y a tout un choix en plus !

–     des conserves au format familial : pas pratique je vis tout seul

–   des pâtes : voilà qui est intéressant, des pâtes bios… Fusili 3 couleurs, spaghetti plate aux blé complets, farfalles à forme dissymétrique… que choisir, que choisir… Je me rabats sur des pennes qui me paraissent « normales » (2,6 € les 500 grammes)

Bien, je ne peux décemment pas acheter que des pâtes, il faut que je prennes autre choses, les autres clients vont me jugés…

Parlons-en d’ailleurs des autres gens ! Qui dit « supermarché bio » (dans ce cas, c’est plus un « marché bio »), dit produits bons pour la santé, donnant de l’énergie et pas contaminé par des pesticides, donc des consommateurs vigoureux, plein d’entrain. Et… non ! Les 3 pauvres clients présents ont l’air tout droits sortis d’expériences scientifiques pas catholiques. Leurs visages ont l’air contaminés par des substances nocives, ils sont dans le même état que les carottes précédemment citées. Ça se trouve, ils sont en train de muter ! à force de manger des graines, il se change petit à petit en oiseau et les déformations visibles sur leur visage sont le reflet de cette métamorphose en cours… (je m’égare un peu là)

Bref, loin des gens en bonne santé des pubs Carrefour, les clients de ce magasin bio font peur et tirent tous la tronche. Si cela vous fait aussi mal de payer 6 euros pour un sachet de graines, retrouvez le sourire en achetant un bon steak aux hormones à 2 euros, les gars !

Je finis par trouver des pots de confiture bio pour 6 euros (mon Dieu, je fais des folies !!). Le choix qui s’offre à moi : ananas, tomates et goyavier, toutes produites localement. Je suis intrigué par la couleur de la confiture de goyavier : marron. Law-Lam nous aurait menti !! la confiture de goyavier n’est pas naturellement rouge ?! Le choc ! trop intrigué, je mets le pot dans mon panier (il y a encore pas mal d’espace là-dedans).

Côté biscuits pour enfants, je retrouve encore des graines et des galettes de riz avec du chocolat bio dessus (nom de Zeus !). Je préfère m’enfuir et changer de rayon mais… il n’y en a pas plus. Ben oui, 27 m2 pour une boutique alimentaire, on en fait vite le tour. Dépité, d’avoir un panier vide, je retourne vers les « fruits et légumes ». Les carottes m’implorent toujours de leur chant : « achève nous !! ». J’en prends quatre.

Comme je comptais faire des courgettes avec mes pâtes, j’en prends aussi, 3 devraient suffire (je vous ai bien dit qu’elles étaient minuscules ces courgettes).

Cinquième étape : le paiement

Arrivé à la caisse, je me sens nul. Les clients avant moi sont chargés de légumes et de produits bio. Mon panier me semble bien vide. Je découvre en écoutant leur discussion avec la caissière qu’en réalité, ils ont tous commandé leur produits depuis le début de la semaine. Ahaha !! vous voilà démasqué ! c’est pour ça que les rayons sont vides ! il faut réserver ces achats !! Ce n’est pas un supermarché comme les autres, ici il faut faire la guerre et se prendre à l’avance pour avoir des légumes en quantité suffisante !

A mon tour, la (jolie) caissière me regarde à peine et tire la tronche (solidarité avec la salade ?), j’attends stressé la note salée qu’elle va m’annoncer… Je m’apprête à prendre mon téléphone pour avoir un crédit avec ma banque, je retire mon chéquier, ma carte bancaire et tous l’argent liquide que j’ai sur moi (pourvu que ça suffise). Montant total : 10, 60 euros.

Ouf ! mon compte ne sera pas à découvert ! (Ka-tchin)

Je l’a paie et percute 5 minutes après que je n’avais qu’un sachet de pâtes, un bocal de confiture, des carottes ridés et des courgettes de nains dans mon sac… C’est-à-dire pas grand chose !!

Juste après cette « expérience », je suis allé dans le supermarché normal à côté pour acheter les autres denrées nécessaires à ma survie (de la viande notamment) car ce n’est pas avec 100 grammes de carottes que je vais tenir la semaine !

Résultat final, j’ai fait des tagliatelles avec mes courgettes bios… croyez-le ou non, mai c’était mangeable >.< Je reviendrais peut être dans ce marché bio, mais cette fois j’espère trouver plus que des carottes rescapées de la Seconde Guerre Mondiale.

P.S : pendant que vous lisez ces lignes, je suis sur l’île Maurice. C’est beau la planification de post !

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3 réflexions au sujet de « c’est bio, c’est beau… »

  1. Ah! mais dans mon souvenir, la confiture que ma maman faisait, elle était rouge! Et c’était du bio!
    Au prix auxquels sont les légumes, moi je les mangerai un peu tous les jours, je ferai les rations… et si je pouvais, je les mettrai sous vide! lol!

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