humeur : les ricains ont leur gamède

C’est quoi leur problème aux Taz’unis ? Un cyclone ? On essaie de nous faire croire qu’un pays aussi grand, aussi riche, aussi équipé que les États-Unis ne sont pas capables d’affronter un pauvre cyclone ? C’est une plaisanterie ! Une propagande antiaméricaine née dans l’Extrême-Orient pour décrédibiliser la première puissance mondiale !

Le pont de Brooklyn et de l’eau pour noyer chagrin et peine… (Photo : Bebeto Matthews)

Eh bien, non. Cela tourne en boucle dans les journaux nationaux : l’ouragan Sandy est passé sur la côte est américaine dans la soirée du 29 octobre, effrayant les habitants déjà stressés par la campagne présidentielle.

Mais qui est donc cette Sandy ?

Née dans la chaude mer des Caraïbes, Sandy est un cyclone de catégorie 2 qui, après avoir touché les grandes Antilles et la Floride, s’est dit que ce serait bien de faire un peu de tourisme à New York et peut être aller voir un spectacle à Broadway.

Vu de La Réunion, Sandy n’a pas l’air très effrayante, un cyclone qui n’arrive pas à la cheville de Gamède (2007, catégorie 3) ou de la belle Dina (2002, catégorie 4) qui avaient toutes deux ravagés l’île avec leurs vents dépassant 200 km/h (contre 180 km/h pour Sandy) sans que cela n’apparaissent dans les médias internationaux.

Quand la merde arrive… il faut savoir faire face… tout en évitant le panneau publicitaire emporté par le vent

Alors, effectivement pourquoi un tel engouement pour un système dépressionnaire si commun sous nos latitudes ?

La réponse se trouve sans doute dans ce que représente New York aux yeux du monde (et des médias français), une ville cosmopolite, lieu remplis de fantasmes. Les spectateurs aiment voir les géants se plier de douleur, s’effondrer face au catastrophe. Aussi, ils se délectent de voir des rues et quartiers mythiques (Broadway, Time Square), aussi déserts que dans les films de catastrophes hollywoodiens. Ils jouissent de voir le sacro-saint lieu du capitalisme qu’est Wall Street fermé pour la première fois depuis le 11 septembre 2001. Ils s’extasient à voir les lumières de la ville qui ne dort jamais s’éteindre à cause des pannes d’électricité.

Un « plaisir malsain » déjà ressenti lors du passage de l’ouragan Katrina. « Comment un pays aussi riche ne peut-il pas venir en aide à ses propres habitants ? » disions-nous alors avec une bonne dose de fierté caché derrière notre système d’alerte et de prévention réunionnais (exporté depuis 1999 aux autres départementaux français).

Avec Sandy, c’est le retour de cette critique remplis d’orgueil. Pour une fois qu’on est mieux lotis que les ricains, on ne va pas bouder notre plaisir. On n’a pas gratte-ciels, de comédies musicales, de taxis jaunes, ni de métro, mais au moins on sait faire face à un cyclone.

Oui, mais (car il y a toujours un « mais » qui débarque dans mon discours pour nuancer mes propos), les new-yorkais contrairement à nous, ne voient que très rarement un cyclone passer au-dessus de leurs têtes. Selon les météorologistes, Sandy est l’ouragan le plus important qu’ait connu l’État de New York depuis plus d’un siècle. Ce n’est donc pas un phénomène fréquent pour les mangeurs de hot-dogs.

Face à cette situation « nouvelle », les autorités font de leur mieux : le maire de la ville a demandé à ses habitants de ne pas saturés les lignes de secours inutilement (ils n’ont pas Free Dom là-bas pour extérioriser leurs petits malheurs) et de ne pas sortir de chez eux, des consignes qui nous paraissent évidentes à l’île Bourbon.

Juste avant le passage de l’ouragan, la population s’est rué dans les magasins pour acheter des provisions. Un phénomène familier pour un réunionnais qui à chaque alerte orange doit se battre pour récupérer la dernière bouteille d’eau du Score Jumbo.

Les gens, même s’ils ont été informés, découvrent une situation météorologique inédite pour eux, même si aux yeux des réunionnais tout ceci semble « banale ». Qui sommes-nous pour juger ?

Comme me l’a fait remarquer un collègue, imaginons que La Réunion se trouve victime de chutes de neige avec des routes couvertes de 10 cm d’épaisseur. Une situation commune pour un new-yorkais (et un zoreil aussi d’ailleurs) mais qui paralyserait l’île pendant quelques jours par manque d’habitude (et inonderait Free Dom d’appels inutiles et pousserait le maire de Saint-Leu à faire un arrêté municipal pour interdire la neige de tomber…)

Sandy nous semble bien peu face à notre vécu climatique, mais chaque habitant de la Terre du fait de sa situation géographique a des liens différents avec le dieu Éole.

On peut tout de même déplorer le manque d’information sur les victimes du cyclone Sandy à Haïti ou à Cuba. C’est une question de style ma petite dame ! Pour le téléspectateur, regarder New York sous les eaux, c’est jubilatoire, regarder un haïtien perdre sa maison, c’est culpabilisant. J’ai du mal cependant à comprendre le peu d’intérêt qu’ont les médias pour les autres états américains touchés… Le New Jersey n’est pas suffisamment glamour ?

Plus de doute, des hippies travaillent pour le service météorologique américain

En tant que réunionnais, on pourrait aussi se plaindre que les médias nationaux parlent plus d’un événement météorologique outre-atlantique (aussi exceptionnel soit-il) que d’un événement similaire lorsqu’il arrive sur son propre territoire (quand un cyclone touche La Réunion, TF1 s’emballe t-il autant ? Bon en même temps, on en a marre de la mauvaise pub qui plombe le tourisme).

Scrutons le ciel et les médias, attendons le prochain cyclone qui frappera La Réunion et voyons si les journaux nationaux s’intéressent à notre misère.

En plus, il y a des chances qu’une dépression nous agresse cette année. Philippe Caroff, ce brave Philippe de Météo France Réunion, a annoncé hier que la saison cyclonique qui débute devrait être normale voir supérieur à la normale, différente donc de celle de 2011/12 (exceptionnellement pauvre en système dépressionnaire).

Mais ne nous emballons pas trop vite, j’ai appris aujourd’hui par une collègue que 80% du territoire de la commune de Saint-André était en zone inondable. Aussi éduqués que nous sommes face aux cyclones, nous restons fragiles.

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