il était une fois… le pôle océan

Il était une fois, dans le Royaume de Saint-Denis, un bout de quartier proche du centre historique et de l’Océan.

Ce petit bout de ville possédait quelques commerces, une gare routière, des maisons et même un vendeur de samoussas. Ce n’était pas le plus bel endroit de la ville, à vrai dire, il ne possédait rien de bien particulier qui puisse le démarquer des autres lieux dionysiens. Pourtant un beau jour, le seigneur de la ville prit une décision. Il voulut détruire ce morceau de quartier sans histoire pour en faire un immense complexe commercial.

Il demanda à des ingénieurs très compétents d’imaginer une grande construction moderne, splendide et grandiose qui rendrait jaloux tous les autres suzerains de l’île.

Les très compétents ingénieurs imaginèrent alors une immense structure de verre, de béton et d’acier pouvant contenir des centaines de boutiques et des milliers de visiteurs. Ils rajoutèrent à leurs plans de grandes salles de cinéma, une nouvelle gare routière et même un hôtel pour accueillir les invités étrangers venant découvrir le Royaume. Ils présentèrent ensuite leur projet au seigneur.

« N’est ce pas trop faste pour mon Royaume ? » s’enquit le souverain.

« Non, mon seigneur, rien n’est trop beau pour votre Royaume, aucun édifice n’est semblable à celui-ci. Tous les souverains de l’île jalouseront notre ville ! » répondirent les très compétents ingénieurs.

Le souverain convaincu et satisfait des plans, schémas et maquettes que lui présentèrent les ingénieurs, décida de lancer l’érection du centre commercial. Il appela ses crieurs publics et leur ordonna d’informer au peuple de tout le Royaume dionysien qu’un nouveau quartier aller voir le jour et qu’il sera le plus beau de tous les quartiers de la ville !

Il ordonna également à ses sbires de préparer le quartier, déjà habité, à la construction de ce nouveau complexe commercial.

Dans les rues du Royaume, les crieurs publics clamez aux habitants : « Oyez, oyez, braves gens, écoutez la bonne nouvelle que nous vous apportons. Notre bon souverain, dans sa grande générosité, veut offrir à ses sujets un nouveau lieu de distraction, si beau, si moderne qu’il fera des envieux par de là nos frontières. Bientôt, une nouvelle gare, un nouveau centre commercial, un hôtel et des salles de cinéma seront construits dans un sublime écrin de verre, de béton et d’acier, tout proche de l’océan du Nord ! ».

Les sujets étaient attentifs à cette annonce ; certains s’enthousiasmaient, d’autres s’inquiétaient d’une possible hausse de la dîme et de la gabelle pour financer ce projet grandiloquent… Tous commencèrent à débattre de l’intérêt d’un nouveau complexe commercial : « C’est l’occasion de rendre la ville plus belle ! » disaient certains. « Cela n’est-il pas trop ambitieux ? » hasardaient d’autre.

Dans l’ombre, d’autres habitants n’étaient pas contents, pas contents du tout. C’étaient les riches commerçants déjà présents dans le centre. Ils s’inquiétaient de la perte de client qu’un tel projet pourrait produire. Aussi ils se réunirent pour former une société secrète. « Non, non ! Nous ne pouvons laisser cela se faire ! Comment le souverain ose t-il construire un nouveau complexe commercial sans nous demander notre avis ? Ce sera une concurrence déloyale ! Les habitants vont fuit nos échoppes pour aller vers ce nouvel endroit ! Nous courrons à notre perte ! Il ne faut pas que le projet du souverain voit le jour !  Nous devons agir ! »

Pendant ce temps dans son palais, loin de ces frénésies et chuchotements, le suzerain dionysien préparait son chantier. « Il faut exproprier les gens qui habitent le quartier ! Il faut de la place pour mon beau projet ! Il faut déplacer la gare routière ! Il faut de la place pour mon beau projet ! Il faut supprimer les parkings ! Il faut de la place pour mon beau projet ! ».

« Oui, mon bon seigneur ! Tout pour vous plaire, mon bon seigneur ! Nous allons tout faire, mon bon seigneur ! » répétaient en cœur les ingénieurs, sbires et penseurs.

Ainsi, des bulldozers et des hommes de loi parcoururent le quartier du futur centre commercial. Les habitants furent expulsés, les maisons détruites et la gare routière déplacée au Nord.

Les sujets qui prenaient le bus étaient mécontents « Mon seigneur, écoutez notre doléance : pourquoi déplacer la gare si loin, cela n’est pas aisé pour nous qui prenions les transports en commun, n’y a-t-il pas un autre moyen ? »

Le seigneur se tourna vers ses ingénieurs pour trouver une réponse : « Ne vous inquiétez pas pauvres gens, ce n’est que provisoire, cela durera le temps de construire le complexe, ensuite, vous aurez une belle gare routière toute neuve qui fera envier tous les gens du Royaume et au-delà ! »

Le seigneur rajouta : « Pendant les travaux, qu’on mette à la disposition des usagers, des tentes, des bancs et un container dans la gare routière provisoire. Tout va bien se passer, vous aurez un nouvel édifice bientôt ».

Les habitants partirent mais n’étaient pas rassurés pour autant.

La colère au sein des riches commerçants de la ville commença à se manifester. Au début, ils donnèrent des tracts aux passants pour les sensibiliser, puis ils firent des réunions, puis des manifestations : « Ecoutez-nous peuple de Saint-Denis, écoutez-nous ! Notre souverain nous trompe, son projet sera terrible pour le Royaume, il sera coûteux et nous entraînera tous dans la misère ! Regardez ces gens qu’il a expulsés de chez eux aveuglé par sa folie ! Les commerçants qui viendront dans ce nouveau complexe, seront des voleurs, des étrangers et gens malsains ! Le souverain a perdu la raison, nous devons l’empêcher d’accomplir son dessein ! »

La propagande commença à fonctionner. Ceux qui étaient contre le projet était de plus en plus nombreux. « Les commerçants ont raison, nous ne devons pas laisser naître ce projet ! Cela va nous coûter cher ! Et puis regardez ces malheureux marchands qui ont déjà tellement de mal à vendre leurs produits et à boucler leur fin de mois… Leur discours et leurs malheurs nous ont touchés le cœur ! »

Voyant le nombre de gens augmenter dans leur rang, les commerçants se frottaient les mains. « Si nous convainquons suffisamment le peuple, le complexe ne verra jamais le jour et nous pourront prolonger notre règne sur les ventes des rues de Saint-Denis et garder nos prix aussi exorbitants puissent-ils être… »

La colère grandissant, le souverain commençait à s’inquiéter et essaya de calmer son peuple. « Allons, allons, je fais cela pour notre bien à tous ! Oui, cela sera une dépense importante mais je vous promets que nous y trouverons à gagner dans l’avenir ! Faites-moi confiance ! »

Si en public, il paraissait sûr de lui, dans l’enceinte du palais, il regardait ses conseillers avec de plus en plus d’anxiété. « Êtes-vous sûrs que ce projet tienne la route ? Ne suis-je pas en train de commettre une erreur ? »

« Non, mon seigneur, tout va bien, tout va bien ! »

« Le peuple n’est pourtant pas content et mon règne arrive bientôt à échéance, ne dois-je pas faire machine arrière ? »

Car, oui, sur cette terre, un souverain ne garde pas sa place à la tête de la cité trop longtemps. Malgré ces apparences de royaume et de dynastie, la contrée faisait partie d’une république démocratique. Le seigneur du Royaume de Saint-Denis était élu tous les 6 ans.

De son côté, le quartier, lui, était déjà entièrement rasé. Il ne restait plus rien. Un champ vide attendant les constructions promises avec impatience.

La gare fût déplacée au Nord et des tentes provisoires furent mises en place, les voyageurs s’adaptèrent tant bien que mal.

Écoutant ses conseillers et restant dans ses illusions de grandeur, le seigneur ne lâcha pas son projet, malgré les ralentissements qu’il prenait. Hélas, les élections approchèrent.

Son principal adversaire pris pour cible le projet du complexe commercial. Il fustigeait le souverain en place et son idée : « Irréaliste ! Dément ! Démesuré ! » Les têtes acquiescèrent encore.

Et boum ! Les élections ont lieu, les résultats sont frappant : le souverain doit quitter sa fonction, son concurrent obtient sa place.

A peine assis sur le trône, le nouveau souverain décide d’annuler l’érection du complexe commercial. Adieu, commerces, cinéma, gare routière !

« Nous verrons ce que nous pouvons faire de cet espace proche de l’Océan, que l’on m’appelle les ingénieurs, conseillers, sbires et penseurs ! Décidons d’un nouveau projet, je souhaite qu’il soit ambitieux, moderne et symbolique ! ».

Cela fait 6 ans maintenant que le quartier a été détruit, il ne reste qu’un ground zero, un projet inachevé. Nous attendons encore et toujours la nouvelle idée qui remplira ce vide.

Aujourd’hui, la gare routière provisoire est toujours au même endroit, les tentes et les containers aussi. Nous sommes loin de la bâtisse moderne promise il y a si longtemps.

Voilà, mon enfant, telle est l’histoire du Pôle Océan.

Maintenant, dors, demain, je te raconterai le destin tragique du tram-train.

(article envoyé depuis Sha’n Tea –> voir liens)

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Une réflexion au sujet de « il était une fois… le pôle océan »

  1. Bravo,
    Très bon résumé instructif et surtout produit avec beaucoup d’humour.
    Nous sommes en 2013 et il semblerait que le conte aura finalement son épilogue.
    L’actuel souverain ayant apprit aux dépens de son prédécesseur qu’il n’était jamais bon de laisser un terrain en friche à l’approche d’élection, il à enfin été décidé de lancer les travaux….

    Encore merci je me suis bien amusé à vous lire.

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