[vidéo] bus réunionnais

Je suis un éco-citoyen, je prend le bus, enfin j’essaie de le faire en tout cas ! Promis cette vidéo n’est pas sponsorisé par la Région, le Département ou la Cinor…

La première fois que j’avais parlé d’un bus Citalis c’était ici (clique, clique !)

Certaines scènes de la vidéo ne sont pas « filmés pareil », c’est normal, j’ai eu quelques problèmes avec la caméra… je m’en excuse…

Les sous-titres en français sont disponibles pour cette vidéo !

chaudron, 1991

 

Les émeutes du Chaudron en 1991 sont à l’histoire Réunionnaise ce que les émeutes de banlieues en 2005 sont à l’histoire de l’Hexagone.

 

Camarade Réunionnais, en lisant ces lignes tu te doutes déjà du sujet délavé que je m’apprête à aborder dans ce post : l’anniversaire des émeutes du Chaudron, 20 ans déjà ! Tu penses alors que je manque d’originalité à vouloir discuter d’un thème si peu passionnant et tu as sans doute raison. Mais, vu la disette qui sévit dans mon imaginaire en ce moment, je suis sans scrupule en  t’imposant ce fait « d’actualité » pourri.

 

Toi, lecteur métropolitain ou simple ignorant de l’histoire réunionnaise qui lit ces lignes, tu te demandes bien évidemment de quoi je parle ? Cela tombe bien puisque je vais faire aujourd’hui une rétrospection et t’expliquer à toi jeune innocent, ce que les gens ont appelé « le Réveil du Chaudron ».

Il était une fois, à l’ouest de la ville de Saint-Denis, un lieu rempli de bidonvilles où logeaient de pauvres habitants. Voyant cette gente désœuvrée, un homme politique nommé Michel Debré, eu une idée : construire des logements en béton pour remplacer les cases en bois et tôle (gagn’ pas dit « caz’ en bois sous tole » ?).

Hélas, nous sommes à ce moment-là dans les années 60-70 et le style architectural à la mode s’appelle la « barre HLM ». Mais cela ne rebute pas Michel Debré (et/ou Jean Ivoula) qui décide de faire construire ce style d’immeuble malgré sa laideur.

Ainsi naquit le Chaudron. Durant toute sa vie, ce quartier sera le lieu où vont loger les chômeurs et leurs familles, un peu isolé du centre-ville.

Ça c’est pour la première partie de l’histoire, car tu te doutes bien cher ami, que ce n’est pas uniquement le fait de vivre dans une barre HLM qui pousse les gens à foutre le feu dans les voitures… quoique…

Donc, dans les années 80, les chaînes de télévision privées font leur apparition à la Réunion, ou plutôt LA chaîne de télévision privée, puisque je parle de Télé Free Dom. Mais qu’est ce donc que cette chose ? une chaîne lancée par un gentil monsieur nommé Camille Sudre (oui c’est étrange de s’appeler Camille pour un mâle, mais bon, on ne choisit pas ces parents), elle diffuse des émissions où l’homme de la rue (ou la femme, ne soyons pas sexiste), aussi stupide ou intelligent soit-il donne son avis sur des sujets qu’il connaît ou pas. Un programme passionnant n’est-il pas ? Mais cesse de rire derrière ton écran car le concept de Monsieur Sudre a très bien marché et la chaîne est devenu très populaire chez les gens au chômage… La programmation de films d’arts martiaux et pornographiques n’est pas non plus étrangère à ce succès (euphémisme).

Mais voilà t’y pas, que le méchant CSA s’est rendu compte que la chaîne émettait de manière clandestine depuis 5 ans (non mais il est lent à quel point le CSA ? 5 ans pour s’en rendre compte ??). Il décide alors d’interdire la transmission de Télé Free Dom.

Et là c’est le drame ! Camille prend la parole et demande à ses téléspectateurs d’aller dans les rues et de défendre leur télévision.


C’est ainsi que des émeutes vont éclatés dans le quartier du Chaudron, comme si c’était le seul qui regardait cette chaîne finalement… (tous les chômeurs étaient au même endroit à la Réunion ?)

Des magasins seront pillés, des voitures incendiées, des manifestations violentes auront lieu dans les rues du Chaudron et les forces policières seront malmenées.

On déplorera ainsi la mort de 8 personnes dans l’incendie d’un magasin de meubles. Même après cet événement, les scènes de violence et de pillage ne s’arrêteront pas.

Des policiers viennent d’Hexagone pour calmer le jeu, le ministre de l’Outre-Mer fait une visite et écoute les revendications des meneurs des manifestations (Jean-Jo si tu nous lis !), il sera suivi quelque temps ensuite par le Premier Ministre. Les autorités se rejettent tous la responsabilité des émeutes, le Chaudron ardent est renvoyé chez les adversaires. Mais que veut le peuple ? le retour de sa chaîne de télévision et de l’argent pour arrêter de vivre dans la misère (en gros).

Malgré la violence de ces événements, le CSA restera sourd et mettra fin à l’existence de Télé Free Dom.

 

Là je vois tes yeux écartés devant ton écran cher lecteur. « Quoi ?? tout ça pour une chaîne de télévision ?! » et là pour le coup, je ne sais pas quoi te dire… Les événements des banlieues en 2005 avaient commencé par la mort de deux adolescents, et les Réunionnais, ils font la révolution pour la disparition d’une chaîne ??

Ben… oui, en gros c’est ça. Mais ces deux événements ont un point commun : le chômage et un cadre de vie bien pourri. La disparition de Télé Free Dom n’a été que le craquement d’allumette qui a mis le feu à un Chaudron déjà chaud bouillant !

 

Revenons maintenant à 2011, aujourd’hui le Chaudron accueille pour la deuxième année consécutive une sorte de « Saint-Denis Plage » (un peu comme Paris Plage mais en nettement moins classe). Du sable noir a été emmené dans le quartier pour que les jeunes puissent pratiquer des sports… de plage (dois-je préciser que nous sommes sur une île, que les plages sont accessibles en Car Jaunes à un tarif inférieur à 4 euros ?)

Cette manifestation arrive pile au moment de l’anniversaire des émeutes, c’est bizarre ça, pourquoi maintenant ? c’est d’autant plus étrange que nous ne sommes pas en période de vacances scolaires… Fallait t-il occuper les nostalgiques des émeutes pour les empêcher de brûler une voiture comme on brûle un cierge à la mémoire des manifestants ?

Le quartier est toujours le même, mais la vie y est rythmée par plusieurs associations et manifestations, (enfin c’est ce que certains rapportent, parce que le guide du Routard parle plutôt d’un lieu à éviter). Le Chaudron est désormais doté d’une piscine et de terrains de sport. Le problème principal, le chômage, est pourtant toujours d’actualité, mais il a pris une autre tournure :

« On veut pouvoir travailler, mais c’est compliqué. On a un diplôme, mais on ne trouve pas de travail. »

Effectivement, ça c’est un problème tout à fait différent de 1991 où les gens qui manifestaient n’avaient pas forcément fait d’études.

Mais heureusement, les bus Citalis qui traversent les rues ont tous une publicité vantant la mobilité : Avec le CNARM, je trouves en travail en métropole comme cuisinier, chef de rayon, steward, groum… merci le CNARM ! avec ce genre de métier, nos gars du Chaudron vont pouvoir vivre en hexagone et se payer un appartement dans… un HLM.

Attends… il y a un truc qui ne marche pas là… je n’arrive pas à mettre le doigt dessus…

Si tu te demandes ce que Mr Sudre est devenu, saches qu’il est toujours propriétaire d’une radio (Free Dom bien sûr) et qu’après les émeutes il avait créé un parti politique. Peu de temps après ce parti avait réussi à obtenir plusieurs sièges à l’hôtel de Région, faisant de lui, en 1992, le nouveau président de la collectivité. (qu’est ce que je dois rajouter là ? c’est suffisamment aberrant, non ?)

 

Aujourd’hui une de mes collègues en parlant du quartier du Chaudron :

« C’est populaire ! comme les gens habitent dans des barres, le soir ils sortent pour discuter et passer du temps ensemble c’est très sympa »

Un autre collègue :

« Je n’ai jamais eu le courage de rentrer dans ce quartier »

Moi :

« La vision du Score Chaudron m’a suffit… »

 

P.S : ce n’est pas un post folichon, mais bon c’était dans l’air !

P.P.S : je précise que le CNARM avait été créé à l’initiative de Michel Debré et que cet organisme, et son créateur, avaient les rôles principaux dans l’affaire des Enfants de la Creuse.