humeur : un igloo mafatais

Tu te souviens des hélicos qui nous berçaient le soir ? Des incendies qui teintaient de rouge le ciel ? Tu te souviens des images diffusées à la télévision nationale ? Des analyses tordues sur le pourquoi du comment de la société réunionnaise ? Je vois dans tes yeux de la nostalgie… ne t’en fais pas, cette année encore nous aurons droit à nos manifestations de jeunes désœuvrés et désorientés.

On commence avec les jeunes saint-lousiens qui, en ce mois anniversaire des événements du Chaudron 2, prennent le relais, ou plutôt le flambeau, afin de faire entendre leur réclamations.
Il manque de travail pour la jeunesse ? La solution des saint-louisiens : saccager les abris bus, bloqués les rond-points et le pont de la Rivière Saint-Etienne (déjà qu’on est embêtés par la fermeture du radier – j’y reviendrais). Dans cette manifestation il y a quand même deux trois trucs que je ne comprends pas : tout d’abord l’intérêt de brûler une école ? C’était quoi l’objectif ? On n’a pas d’emploi, faisons en sorte que la génération suivante n’ait pas d’éducation ? Ensuite, c’est quoi ce type qui armé d’une tronçonneuse s’en ai pris aux arbres de la ville ? « Aller, je vous montre que je ferais un super emploi vert pour la mairie ! j’élimine les arbres !! » A priori, il n’a pas tout compris du principe d’un emploi vert…
Enfin, devinez à qui les jeunes demandent des emplois ? Au maire de Saint-Louis ! Oui, parce qu’à priori ce sont les communes qui créer de l’emploi (je découvres, là)
Ma question c’est pourquoi chercher du travail à la mairie du Saint-Louis ? elle est sous tutelle de l’Etat pour ses finances, c’est l’une des communes les plus endettés de l’île ! Demandez un emploi à la ville de Saint-Louis revient à envoyer une candidature spontanée chez Petrolus ou Acelor Mittal France !
Autant faire votre demande à une commune en plein essor ! Comment ? Il n’y en aurait pas à La Réunion ? Toutes les communes sont dans le rouge ? Bon, ben, continuez à brûler des poubelles alors ! (et sinon le Pôle Emploi, vous avez testé, on m’a dit que c’était the place to be pour la recherche d’un travail ?)

Hier soir, les jeunes chaudronnais sûrement jaloux que l’anniversaire de leur manif 2012 soit éclipsé par les événements de Saint-Louis, se sont eux aussi amuser à brûler quelques poubelles. Bon ce n’est pas encore du niveau de l’année dernière… les gars, on vous a connu plus en forme ! On va commencer à vous prendre pour des ‘ti graines… Soyez à la hauteur de votre réputation ! Hier j’ai à peine entendu un hélico passait et quelques cris ! Même pas de quoi m’empêcher de dormir !

Pour revenir à Saint-Louis, je demanderais aux manifestants juste une chose : pas touche au radier de la rivière Saint-Etienne ! Il y a des limites ! Les poubelles brûlées et les écoles incendiées, d’accord, mais les embouteillages, non ! On en a déjà assez !

radier st etienne cri femme

(photo J.Lebon – JIR)

6 ans après Gamède et l’effondrement de l’ancien pont, le nouvel ouvrage d’art n’est toujours pas terminée (livraison prévue en début d’année 2013, non, plutôt en juillet, non, en fait c’est en septembre). Le radier mis en place en rivière pour le trajet St-Louis/St-Pierre n’a pas tenu aux pluies de Felleng (ni à celle de Dumile). N’empêche, chers travailleurs du nouveau pont et du radier vous avez quand même eu 4 ans sans aucune crue significative alors que les voitures passaient “dans” la rivière…. pas une fois durant cette période il n’y a eu de dégâts sur le radier ! Faut vraiment être chanceux… ou bien c… Je serais vous je poserais des questions à ma femme sur sa fidélité durant ces dernières années…
Mais en cette année 2013 (aller savoir si cela a un lien avec le 13), deux grosses perturbations en moins d’un mois, deux coupures du radier… et de longues, très longues file d’embouteillages pour passer sur l’unique pont restant…
Sur les ondes des radios, les 800 000 ingénieurs en génie civil de La Réunion ont crié leur mécontentement et donné leur avis sur la conception du radier et du futur pont… (800 000 ingénieurs à La Réunion et les jeunes Saint-Louisiens veulent avoir des emplois verts… je sens un problème là)
Les plaintes ne changeront rien au fait qu’il faudra 3h30 pour joindre Saint-Denis à Saint-Pierre. Ça rappellerait presque l’époque d’avant la route des Tamarins, sauf que là au lieu d’admirer le Cap La Houssaye coincé dans les embouteillages, on peut admirer l’étang du Gol et l’usine sucrière de Saint-Louis, c’est moins glamour, je vous l’accorde. Moi j’ai opté par les Plaines pour faire St-Denis/St-Pierre, résultat : 1h45 de route mais surtout un beau paysage de montagnes (avec des vaches).

En dehors de ces tracas, il y a quand même des nouvelles “insolites” sur l’île, comme cette annonce dans le JIR. On prévoit bientôt à La Nouvelle l’ouverture d’un Igloo.

mafate la nouvelle - igloo

Image non contractuelle

Alors que les zoreils tombés par hasard sur ce blog, se rassurent, il ne fait pas encore suffisamment froid à La Réunion pour qu’on remplace les vouves de bichiques par des harpons pour la chasse aux phoques. L’Igloo est un glacier, l’un des plus connus de l’île.
En trois ans, le glacier, historiquement implanté à Saint-Denis, a ouvert plus de nouvelles enseignes que Mc Donalds à La Réunion… et si les choix d’implantation jusque là m’avait étonné (Le Port, le Chaudron, Saint-André, Saint-Joseph…) ce n’était rien comparé à cette ouverture à Mafate !
Non, mais Mafate quoi ! le cirque le plus isolé, le mieux protégée de l’île aura un Igloo ! (J’imagine les Salaziens se farcir le Col des Boeufs et ces 2h30 de marche pour aller manger des profiteroles). Les puristes de la randonnée vous diront que de toute manière, La Nouvelle ce n’est pas Mafate, cet îlet a perdu de son charme et est depuis longtemps devenu un gros village… Oui, mais quand même, ça reste choquant !
On annonce que les glaces seront acheminés par hélicoptère depuis le littoral… Un délire digne du téléphérique Saint-Leu/Cilaos !
Quand on pense que l’hélico est surtout utilisé pour le transport de matériel nécessaire à la (sur)vie des Mafatais et leur apporter meubles et provisions, on se rend compte du luxe farfelue de manger des glaces faites sur le littoral (qu’on a quitté il y a quelques heures plus tôt – la glace goyavier est arrivée à La Nouvelle avant vous !).
Cela me rappelle une histoire sur Mme Desbassayns qui habitant dans à Villèle (St-Paul) demandait à ces esclaves d’aller chercher de la glace dans la région du Grand Bénare (à la Glacière) pour avoir des glaçons dans sa boisson en été… Grisant !

Gérald Mercadier a écrit un roman “Mafate City” dans lequel il d’écrit une Réunion futuriste où Mafate devient une grande métropole, j’espère que ce projet d’Igloo n’en est pas la première pierre, enfin, le premier glaçon…

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humeur : papa noël fais pas ton rapiat !

Cher Père Nowel,

En ces temps de crise et de doute où il ne fait pas bon d’être grec ou pédé* (il y a un lien entre les deux ?), je me disais que ce serait sympa que cette année tu ne fasses pas ton chieur avare et que tu nous files à tous, les cadeaux que l’on souhaite sans y regarder à la dépense.

Car vois-tu, vieil homme barbu arctophile, après toute la crasse qui nous ait tombé dessus cette année, nous sommes assez déprimés. Il est grand temps de faire un geste pour augmenter notre capital bonheur et réchauffer nos cœurs malheureux.

Rappelle toi en début d’année, notre cri d’agonie à cause de la hausse du prix des carburants. Une souffrance qui nous à pousser à nous rouler par terre devant l’entrée de la préfecture, tel un enfant dans un magasin de jouets pour obtenir une figurine d’Action Man. De nombreux automobilistes perdaient le moral à mesure que leur voiture se remplissait d’essence et que le compteur en euros augmentait.

Il y a bien eu un geste de la Région pour maintenir les prix, mais est-ce suffisant ?

Quelques semaines plus tard, c’était les jeunes réunionnais qui gémissaient de douleur dans les rues de Saint-Denis, du Port et de Saint-Louis. Des jeunes qui ne pouvaient s’offrir le dernier iPhone 4S** et des Nike Dunk fluos. Les poubelles et les abris de bus brûlés étaient l’expression de la douleur de ces adolescents qui ne peuvent pas consommer comme la société le leur impose.

Il y a eu des baisses de prix sur des produits de grande consommation (mais pas sur l’iPhone), est-ce bien suffisant ?

Regarde ensuite, les attaques de requins à répétition qu’il y a eu cet hiver. Impossible de ne pas déprimer quand on voit ses plages vides le long de la côte ouest. Comment ne pas compatir avec ces commerçants tristounes de ne pouvoir écouler leur stock de coca à 5 euros ? Et ses surfeurs regardant les vagues se déchaîner sans pouvoir en profiter ? Et ses professionnels de plongée, la larme à l’œil, ne pouvant faire payer 55 euros aux touristes pour un baptême de 30 min ? Ces attaques ont causé tant et tant de peine. Un maire a même décidé de prendre les devants en défiant la loi et la logique pour autoriser la chasse aux squales sur sa commune… sans succès. Un brave homme qu’on retrouvera d’ailleurs devant la préfecture*** larmoyant et dévasté, minerve au cou alors qui voulait sauver veuves et orphelins dont ceux de sa commune (si pauvres et désemparés).

Comment ne pas vouloir consoler tant de gens dans le besoin ? Il y a bien eu des actions de prévention contre les requins, des réunions avec le préfet, des journalistes battus, mais est-ce suffisant ?

Si ton regard n’est pas encore compatissant, Père Noël, alors regarde, regarde un peu, ces herbes jaunes, ces ravines asséchées, ces planteurs au bord de la dépression… la sécheresse a ravagé le Sud de l’île avec une sévérité jamais égalée****. Les agriculteurs ont la mine aussi décomposée que leurs tomates et ananas Victoria. Bien sûr, après des manifestations devant la préfecture, il y a eu une aide de 5 000 euros pour chacun des agriculteurs touchés, mais cette somme est-elle suffisante ?

Tu vois bien Père Noël, à quel point nous avons besoin d’aide, à quel point il nous faut du baume à cœur (ou à défaut de l’Inongan). Nous sommes un peuple qui a beaucoup souffert, nous sommes un peuple qui va encore souffrir (fond sonore). Alors s’il te plaît, ne fais pas ton rapiat papa Noël. Soit plus efficace que le Préfet, donne nous ces cadeaux qui nous redonnerons le sourire : ces iPod, iPhone, iPad, Galaxy S3, Nintendo 3DS, XBox 360, Audi A6, Mini Cooper, DS3, jeans Kaporal, montre Guess… qui combleront notre infortune et viendront compléter subventions, primes et aides sociales que nous quémandons à chaque manifestation. Offre nous Père Noël du fun, du prozac et des ailes, ce Noël de rêve que chaque réunionnais souhaiterait chez lui.

Z’enfant i pleur’ pas i gagn’ pa tété, mais si le z’enfant i pleure tout le temps, comment savoir ce qui doit réellement le combler ?

Cette année j’ai (réellement) connu des crasses et je souhaite des trucs pas trop compliqués pour Noël, alors pour mes amis en manque d’imagination, j’ai fait une liste de cadeaux. Quoi ? vous pensiez qu’après un discours aussi sarcastique, je n’allais pas oser mettre ma liste de cadeau ? Ahah ! C’est mal me connaître ! Si mes compatriotes peuvent rêver de joujoux hi-tech pour Noël, finalement pourquoi me priverais-je de désirer des cadeaux sympas ? (et dont le coût moyen est inférieur à 25 euros)

– La BD « Transmetropolitan » de Warren Ellis : le tome 1 ou le 2 ou le 3 ! La personne qui me trouve un de ces tomes aura droit à un bisou !

« Pyongyang » de Guy Deslisle ou « Les Chroniques Birmanes » c’est au choix

– un album d’Archive de préférence « Controlling Crowds »

– la saison 2 de « Borgen »

– le tome 2 de « Tu mourras moins bête » de Marion Montaigne

Ratchet et Clank : QForce sur PS Vita (parce que je suis un faux gamer) mais là je peux toujours me gratter.

Bien sûr, je n’aurais pas grand chose de ma liste le jour de Noël… alors je vais commencer à faire des économies pour me les offrir plus tard… ah tiens, 20 centimes dans ma poche droite ! C’est un bon début. Et vous malgré la crise et les subventions, quels sont vos envies de cadeaux ?

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Pour comprendre parfaitement les sarcasmes et références de ce texte, il est conseillé de cliquer sur les liens

* terme affectif, il va s’en dire

** à l’époque

*** décidément la préfecture c’est the-place-to-be à La Réunion

**** comme l’année dernière, comme l’année d’avant…

chaudron 2.0

(#voix grave d’un homme ayant fumé pas mal de cigarettes depuis l’âge de 7 ans)

Des voitures incendiées… des poubelles calcinées… des hélicoptères… des bombes lacrymogènes… et un troupeau de policiers fraîchement débarqués sur l’île !

Vous ne rêvez pas, c’est une réalité : « Le Chaudron 2 : Nouvelle Génération » est actuellement dans les rues de Saint-Denis !

Assistez vous aussi à la manifestation la plus importante de l’année, un événement unique dans le quartier mythique du nord de La Réunion. 21 ans après les premières émeutes majeures, le Chaudron s’enflamme à nouveau, rien que pour votre plaisir et celui des journalistes ! Voici la critique du film le plus attendu de l’année 2012.

Synopsis :

C’est sur fond de crise économique, qu’une manifestation contre l’augmentation des prix des carburants voit le jour à La Réunion. Les transporteurs de l’île paralysent les routes pour se plaindre. Des réunions et tables rondes sont organisées avec le Préfet et les autres responsables des collectivités, mais comme on peut s’y attendre, aucune solution n’est trouvée. C’est alors que la colère commence à gronder au sein de la population réunionnaise. Le combat contre la montée des prix des carburants devient un combat contre ce que les médias ont appelé, non sans manque d’originalité, la « vie chère ».

C’est alors que les jeunes du Chaudron, toujours présents quand il s’agit de défendre les intérêts des citoyens, décident de manifester le mécontentement général, de la seule manière qu’ils connaissent : jets de galets sur des policiers, casses, pillage de magasins et incendies de voitures.

Qui va gagner entre les hordes de policiers et les casseurs ? Les acteurs politiques trouveront-ils un moyen de calmer les émeutes ? Les agents de la CINOR (Communauté Intercommunale du Nord de La Réunion) auront-il assez de balais et de camions-bennes pour tout nettoyer ? Voici les questions posées dans ce nouvel opus de la saga « Chaudron ».

Ma critique :

Le « Chaudron 2 : Nouvelle Génération » possède bien évidemment plusieurs atouts. Le lieu des événements tout d’abord : fort de sa population rangée dans des logements sociaux tous plus laids les uns que les autres, le Chaudron est toujours considéré, non sans ironie, comme le quartier le plus chaud de l’île de La Réunion. Les nombreuses familles monoparentales (système : un momon, plusieurs marmailles – pas toujours du même papa) sont toujours dépourvues de formation, donc de travail, donc d’argent. Les femmes seules sont contraintes de nourrir leur famille nombreuse avec les produits les plus bas des rayons (c’est pour ça qu’on dit « bas de gamme » ?) quitte à se faire mal au dos (produits sourire, produits 1, produits tous les jours, produits « pouce »)

Cette situation sert de justifications aux acteurs principaux de ce nouvel opus de la saga « Chaudron » : les enfants de ses familles. Ces jeunes qui voient tous les jours leur mono-parent se serrer la ceinture pour les nourrir alors qu’ils souhaitent s’acheter des baskets hors de prix, des smartphones, des voitures tunnées, des vêtements de marque et tutti quanti. Dépourvus eux-mêmes de formation (pour la plupart), ils ont néanmoins compris que le meilleur moyen d’obtenir ce qu’ils veulent était encore de tout faire péter, comme nous le prouve cet extrait du film avec la charmante revendication d’un jeune Chaudronnais : « nou ça mont’ a zot que les gars Saudron i déconn’ pas, tout y brûle à soir ! Nou en fout’ tout, nou ! Dis la polisse fait bourr’ zot »

Oui, le casseur Chaudronnais n’est pas futé et souvent insolent, mais c’est ce qui fait son charme depuis 21 ans ! On aurait pu croire que la nouvelle génération se serait bonifiée avec le temps, mais c’est peine perdue. Les nouveaux acteurs ont la même verve que ceux du premiers opus.

On retrouve donc un schéma déjà connu dans le précédent opus sorti 21 ans auparavant et qui fait le succès de la saga. Les auteurs ont quand même pris la peine de modifier les motivations des jeunes. Si les émeutes de 1991 avaient pour prétexte l’arrêt de Télé FreeDom, ce nouvel opus a un prétexte plus sérieux : la misère et la détresse réelle d’une population ne pouvant subvenir à ses besoins les plus primaires : manger, se loger, travailler (la moitié de l’île vivant sous le seuil de pauvreté).

On peut reprocher toutefois certaines incohérences dans les actions des principaux protagonistes du film : les jeunes émeutiers. En effet, on a un peu de mal à comprendre pourquoi les jeunes brûlent des arrêts de bus alors qu’ils sont censés les utilisez pour se déplacer. Moi, je n’aurais pas l’idée de brûler ma voiture pour protester contre le prix de l’essence… mais je ne dois pas avoir la même manière de penser que les héros du film. On notera aussi cette drôle de manie qu’ils ont de piller des magasins de téléphonie mobile et de high-tech alors que les revendications concernent essentiellement le prix des produits alimentaires… mais là encore je ne dois pas saisir la subtilité du scénario.

Les dialogues et répliques des jeunes sont proches de ceux du premier opus, mais enrichis en insultes et en phrases sans queue, ni tête. Cela me fait penser que ce film devrait être interdit aux moins de 16 ans, l’éloquence est digne du plus grand groupe de rap poétique/pacifique de l’île : Futur Crew.

La Mairie Annexe du Chaudron : un des lieux de tournage

Autre bémol, j’ai trouvé les personnages politiques et les syndicalistes pas très convaincants. Je pense qu’il aurait été préférable d’utiliser des acteurs qui s’y connaissent un peu en économie et politique plutôt que ces ersatz de préfet, syndicalistes et hommes politiques… Les réponses qu’ils apportent ne sont pas crédibles et suffisantes. On voit bien que les auteurs veulent faire durer les événements, voire faire une suite à la saga (un Chaudron 3 est-il déjà envisagé dans les prochaines années ?). Mais j’avoue ne pas être surpris par leur manque d’efficacité dans les événements.

On se rappelle très bien du teaser du film, avec cette phrase mythique du meneur des transporteurs grévistes : « Je mort pour le transport, tire sur moi, tire moi ! ». On se doutait bien que le dialoguiste n’avait pas eu son bac de français.

Les policiers et les pompiers sont assez muets durant le film, préférant agir à coups de bombes lacrymogènes et de jet d’eau. On déplore leur manque d’interactions avec les jeunes émeutiers. J’espérais de véritable corps-à-corps entre force de l’ordre et jeunes mais je suis resté sur ma faim, on se contente de jet de cailloux et de bombes lacrymo. Je n’ai pas non plus compris pourquoi les policiers restés à défendre les abords des supermarchés et ne se déployer pas sur les petits commerces. Je trouve que leur technique tournait un peu en rond, surtout que c’était évident que les jeunes allaient en profiter pour brûler et piller ces « petits commerces » en question.

J’apprécie quand même l’utilisation d’hélicoptère avec des gros éclairages sur les tours du Chaudron, ça donne un côté plus « américain » qui manquait un peu dans le premier opus. Bon, c’est vrai que cela a un peu dérangé les populations calmes du Chaudron (mère de famille et personnes âgées) qui n’ont pas trouvé le sommeil, mais il n’y a pas à dire, c’est classe.

un autre décor du film

Bref, si le prétexte du film, la cherté des produits alimentaires, est mieux rodé que dans le premier volet de la saga, je trouve, hélas, que le scénario n’est pas à la hauteur de nos espérances. Malgré les efforts techniques (hélico, policiers mieux armés et jeunes plus organisés) et les dialogues plus modernes, le « Chaudron 2 : Nouvelle Génération » passe à côté de son message et se contente de reproduire avec moins de panache, d’incendies et de morts, les événements du premier opus.

Saura t-il convaincre la population quand on sait que le budget pour renouveler les abris bus et les poubelles calcinés vont être répercutés sur les impôts des habitants de Saint-Denis ? à vous de faire votre avis !

P.S : je précise pour ceux qui serait fraîchement tombés sur ce blog, que mes articles sont chargés d’ironie, ne prenez pas cela au second degré… essayez plutôt le troisième !

chaudron, 1991

 

Les émeutes du Chaudron en 1991 sont à l’histoire Réunionnaise ce que les émeutes de banlieues en 2005 sont à l’histoire de l’Hexagone.

 

Camarade Réunionnais, en lisant ces lignes tu te doutes déjà du sujet délavé que je m’apprête à aborder dans ce post : l’anniversaire des émeutes du Chaudron, 20 ans déjà ! Tu penses alors que je manque d’originalité à vouloir discuter d’un thème si peu passionnant et tu as sans doute raison. Mais, vu la disette qui sévit dans mon imaginaire en ce moment, je suis sans scrupule en  t’imposant ce fait « d’actualité » pourri.

 

Toi, lecteur métropolitain ou simple ignorant de l’histoire réunionnaise qui lit ces lignes, tu te demandes bien évidemment de quoi je parle ? Cela tombe bien puisque je vais faire aujourd’hui une rétrospection et t’expliquer à toi jeune innocent, ce que les gens ont appelé « le Réveil du Chaudron ».

Il était une fois, à l’ouest de la ville de Saint-Denis, un lieu rempli de bidonvilles où logeaient de pauvres habitants. Voyant cette gente désœuvrée, un homme politique nommé Michel Debré, eu une idée : construire des logements en béton pour remplacer les cases en bois et tôle (gagn’ pas dit « caz’ en bois sous tole » ?).

Hélas, nous sommes à ce moment-là dans les années 60-70 et le style architectural à la mode s’appelle la « barre HLM ». Mais cela ne rebute pas Michel Debré (et/ou Jean Ivoula) qui décide de faire construire ce style d’immeuble malgré sa laideur.

Ainsi naquit le Chaudron. Durant toute sa vie, ce quartier sera le lieu où vont loger les chômeurs et leurs familles, un peu isolé du centre-ville.

Ça c’est pour la première partie de l’histoire, car tu te doutes bien cher ami, que ce n’est pas uniquement le fait de vivre dans une barre HLM qui pousse les gens à foutre le feu dans les voitures… quoique…

Donc, dans les années 80, les chaînes de télévision privées font leur apparition à la Réunion, ou plutôt LA chaîne de télévision privée, puisque je parle de Télé Free Dom. Mais qu’est ce donc que cette chose ? une chaîne lancée par un gentil monsieur nommé Camille Sudre (oui c’est étrange de s’appeler Camille pour un mâle, mais bon, on ne choisit pas ces parents), elle diffuse des émissions où l’homme de la rue (ou la femme, ne soyons pas sexiste), aussi stupide ou intelligent soit-il donne son avis sur des sujets qu’il connaît ou pas. Un programme passionnant n’est-il pas ? Mais cesse de rire derrière ton écran car le concept de Monsieur Sudre a très bien marché et la chaîne est devenu très populaire chez les gens au chômage… La programmation de films d’arts martiaux et pornographiques n’est pas non plus étrangère à ce succès (euphémisme).

Mais voilà t’y pas, que le méchant CSA s’est rendu compte que la chaîne émettait de manière clandestine depuis 5 ans (non mais il est lent à quel point le CSA ? 5 ans pour s’en rendre compte ??). Il décide alors d’interdire la transmission de Télé Free Dom.

Et là c’est le drame ! Camille prend la parole et demande à ses téléspectateurs d’aller dans les rues et de défendre leur télévision.


C’est ainsi que des émeutes vont éclatés dans le quartier du Chaudron, comme si c’était le seul qui regardait cette chaîne finalement… (tous les chômeurs étaient au même endroit à la Réunion ?)

Des magasins seront pillés, des voitures incendiées, des manifestations violentes auront lieu dans les rues du Chaudron et les forces policières seront malmenées.

On déplorera ainsi la mort de 8 personnes dans l’incendie d’un magasin de meubles. Même après cet événement, les scènes de violence et de pillage ne s’arrêteront pas.

Des policiers viennent d’Hexagone pour calmer le jeu, le ministre de l’Outre-Mer fait une visite et écoute les revendications des meneurs des manifestations (Jean-Jo si tu nous lis !), il sera suivi quelque temps ensuite par le Premier Ministre. Les autorités se rejettent tous la responsabilité des émeutes, le Chaudron ardent est renvoyé chez les adversaires. Mais que veut le peuple ? le retour de sa chaîne de télévision et de l’argent pour arrêter de vivre dans la misère (en gros).

Malgré la violence de ces événements, le CSA restera sourd et mettra fin à l’existence de Télé Free Dom.

 

Là je vois tes yeux écartés devant ton écran cher lecteur. « Quoi ?? tout ça pour une chaîne de télévision ?! » et là pour le coup, je ne sais pas quoi te dire… Les événements des banlieues en 2005 avaient commencé par la mort de deux adolescents, et les Réunionnais, ils font la révolution pour la disparition d’une chaîne ??

Ben… oui, en gros c’est ça. Mais ces deux événements ont un point commun : le chômage et un cadre de vie bien pourri. La disparition de Télé Free Dom n’a été que le craquement d’allumette qui a mis le feu à un Chaudron déjà chaud bouillant !

 

Revenons maintenant à 2011, aujourd’hui le Chaudron accueille pour la deuxième année consécutive une sorte de « Saint-Denis Plage » (un peu comme Paris Plage mais en nettement moins classe). Du sable noir a été emmené dans le quartier pour que les jeunes puissent pratiquer des sports… de plage (dois-je préciser que nous sommes sur une île, que les plages sont accessibles en Car Jaunes à un tarif inférieur à 4 euros ?)

Cette manifestation arrive pile au moment de l’anniversaire des émeutes, c’est bizarre ça, pourquoi maintenant ? c’est d’autant plus étrange que nous ne sommes pas en période de vacances scolaires… Fallait t-il occuper les nostalgiques des émeutes pour les empêcher de brûler une voiture comme on brûle un cierge à la mémoire des manifestants ?

Le quartier est toujours le même, mais la vie y est rythmée par plusieurs associations et manifestations, (enfin c’est ce que certains rapportent, parce que le guide du Routard parle plutôt d’un lieu à éviter). Le Chaudron est désormais doté d’une piscine et de terrains de sport. Le problème principal, le chômage, est pourtant toujours d’actualité, mais il a pris une autre tournure :

« On veut pouvoir travailler, mais c’est compliqué. On a un diplôme, mais on ne trouve pas de travail. »

Effectivement, ça c’est un problème tout à fait différent de 1991 où les gens qui manifestaient n’avaient pas forcément fait d’études.

Mais heureusement, les bus Citalis qui traversent les rues ont tous une publicité vantant la mobilité : Avec le CNARM, je trouves en travail en métropole comme cuisinier, chef de rayon, steward, groum… merci le CNARM ! avec ce genre de métier, nos gars du Chaudron vont pouvoir vivre en hexagone et se payer un appartement dans… un HLM.

Attends… il y a un truc qui ne marche pas là… je n’arrive pas à mettre le doigt dessus…

Si tu te demandes ce que Mr Sudre est devenu, saches qu’il est toujours propriétaire d’une radio (Free Dom bien sûr) et qu’après les émeutes il avait créé un parti politique. Peu de temps après ce parti avait réussi à obtenir plusieurs sièges à l’hôtel de Région, faisant de lui, en 1992, le nouveau président de la collectivité. (qu’est ce que je dois rajouter là ? c’est suffisamment aberrant, non ?)

 

Aujourd’hui une de mes collègues en parlant du quartier du Chaudron :

« C’est populaire ! comme les gens habitent dans des barres, le soir ils sortent pour discuter et passer du temps ensemble c’est très sympa »

Un autre collègue :

« Je n’ai jamais eu le courage de rentrer dans ce quartier »

Moi :

« La vision du Score Chaudron m’a suffit… »

 

P.S : ce n’est pas un post folichon, mais bon c’était dans l’air !

P.P.S : je précise que le CNARM avait été créé à l’initiative de Michel Debré et que cet organisme, et son créateur, avaient les rôles principaux dans l’affaire des Enfants de la Creuse.