kissa i lé Sitarane ?

En cette période d’Halloween, quoi de mieux qu’une vidéo sur un personnage lié à l’horreur ? Si la Grande-Bretagne a Jack l’Eventreur, les Etats-Unis leurs sorcières de Salem, à La Réunion nous avons un meurtrier célèbre qui colle parfaitement à l’esprit d’Halloween : Sitarane.

Personnage mythique à qui l’on attribue pouvoirs et crimes sanglants. Mais qui était vraiment ce meurtrier qui a sévit avec sa bande dans le Sud de l’île ? Tueur sanguinaire ? Sorcier ? Ou simple pion ? Cette vidéo vous donne quelques éléments.

L’année dernière je m’étais attaqué à Grand-mère Kal lors d’Halloween et déjà à l’époque j’avais imaginé faire une vidéo sur Sitarane, c’est chose faite à présent. J’ai pris plaisir à découvrir une partie de l’histoire du mozambicain et cela m’a un peu surpris que ce ne soit pas plus sanglant… Après comme le laisse sous-entendre la fin de la vidéo, nous devons être tordus assoiffés de sang à La Réunion, ce qui explique les nombreux pouvoirs qu’on lui attribue…

Cette vidéo inaugure une ère nouvelle dans ma réalisation : J’AI (enfin) UN MICRO (qui fonctionne) ! Même s’il y a encore quelques réglages à faire et que le son reste imparfait (bruit de fond encore présent), c’est un grand bond en avant. J’ai été très surpris en comparant au casque le son des anciennes vidéos et celle-ci !

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Cependant, cette (grande) avancée technique est quelque peu gâchée par un cadrage un peu foireux, je m’en excuse. Explication courte : le micro est branché sur l’appareil photo et m’empêche de bouger l’écran qui me permettait jusqu’alors de voir ce que je filmais. J’ai bien mis un miroir pour m’aider, mais ce n’est (hélas) pas encore au point.

Sinon, je suis content de revenir avec cette nouvelle vidéo. Pour ceux qui ne sont pas au courant, j’étais en vacances pendant près de 3 semaines… Les congés étaient plaisants, mais l’écriture, l’enregistrement et le montage m’ont quand même beaucoup manqué ! J’ai des idées pour les prochaines réalisations jusqu’à la fin de l’année, j’espère avoir le temps de tout faire.

Comme les gens qui suivent ce blog ont quand même droit aussi à des exclus par rapport aux autres, vous aurez bientôt quelques photos de mes vacances (je garde la destination secrète, mais ceux qui suivent mon Twitter sont forcément au courant).

une histoire de huit années

Cela paraît insignifiant, après tout, il s’est passé tellement de choses depuis…et pourtant ! Aujourd’hui le blog fête ses huit ans d’existence. Huit années d’écriture, huit années de partage.

Déjà à l’époque de sa création nous parlions de Coupe du Monde de football, l’une des plus belles de l’équipe de France d’ailleurs (Allemagne 2006) malgré sa fin malheureuse. Déjà à l’époque la fête des pères était proche.

Mais rien ne me disait, le 15 juin 2006, ce que j’allais vivre grâce à vous quand j’ai décidé de lancer un blog par pur ennui dans un creux perdu de l’internet.

Au début ma marque infime sur la Toile consistait à parler de ce qui me passait par la tête. Qu’importe que cela ait de sens ou intéresse quelqu’un, le plus important à l’aube du blog était pour moi d’écrire, d’extérioriser mes idées, de combler l’ennui.
Que ce soit mes petits problèmes quotidiens, mes coups de cœur musicaux, les films que j’appréciais ou encore mes histoires de voyage. J’écrivais tout avec un français approximatif et des qualités orthographiques douteuses.

Au fil des mois, je m’attachais de plus en plus à ce petit site, qui changea deux fois d’hébergeur. Mes amis ne comprenaient pas en quoi le blog m’était utile, pourquoi écrire mes petits articles devenait de plus en plus vital. Moi même je ne me l’expliquais pas.
Ce besoin s’est accentué quand j’ai quitté La Réunion pour mes études. Trois années pendant lesquelles je me suis essayé à plusieurs styles : de la réécriture d’histoire connu, aux petites BD photo. Ces expérimentations étaient sans doute un moyen pour moi de me chercher, de trouver la manière la plus efficace de m’exprimer.
Plusieurs fois j’ai voulu abandonner, mais l’envie de partager mon point de vue sur le monde était plus forte et je continuais mes expériences écrites.

Ce n’est que de retour à La Réunion que l’idée m’est venu d’orienter le blog sur l’une des choses qui me tenait le plus à cœur : mon île.
J’avais passé 3 ans à expliquer à mes camarades métropolitains les particularités de La Réunion, à briser les stéréotypes et à modifier leur image de l’île. J’ai vite compris que c’était cela qui me plaisait le plus : parler de l’île avec mon point de vue sarcastique. Ne pas la glorifier, ne pas la défendre, ni la dénigrer, en parler à ma manière.
Aujourd’hui encore c’est la voie que je poursuis, même si cela est moins évident.
Ces articles parlaient des stéréotypes réunionnais et ce que j’appelle la « POP culture réunionnaise » ces petites choses que tous les réunionnais connaissent (le pain américain, le tunning, les boutiques chinois). Ces éléments incontournables de notre environnement bourbonnais.

Mes écrits sur le blog avaient trouvé une source inépuisable de sujets sur lesquels j’avais tant envie de parler.
Malheureusement, la portée du blog restait restreinte. Je n’avais pas encore trouvé un moyen de rendre cela plus dynamique.

C’est en milieu 2011 que j’ai découvert les vidéos de Norman et Cyprien (je ne saurais dire lequel en premier). Ce fût le déclic ! Et si je faisais des vidéos à la place de mes articles de blog ? Pour moi qui déteste ma voix, ma tête et ma manière de bouger, c’était un défi quelque peu excentrique.
Je fis de nouvelles expérimentations. Des vidéos où je lisais en quelque sorte des textes que j’avais écris au départ pour le blog.
Je n’étais pas vraiment satisfait des résultats alors je continuais mes posts écrits en parallèle.

En 2013, je prends une décision radicale : je ne ferais plus que des vidéos. Je m’impose même un objectif : 500 abonnés sur YouTube en un an. Si je n’atteignais pas cet objectif, j’arrêtais tout : les vidéos, le blog.

Malgré des difficultés pour être crédible devant une caméra et des connaissances réduites en montage, j’ai persévéré comme mon agenda me le permettait. J’ai vu le nombre de vues augmenter et vos commentaires encourageants. Cela, je ne le cache pas, me faisait énormément plaisir.

En fin d’année 2013, vous m’avez alors offert le plus beau des cadeaux en étant plus de 1000 abonnés.
Grâce à vous, à vos messages, j’ai enfin l’impression d’avoir trouvé la voie que je cherchais pour exprimer mes pensées et les partager. Pour cela, je ne vous remercierai jamais assez.

Je ne sais pas ce que l’avenir réserve à cette passion que j’ai. En 2006, je n’aurais jamais imaginé que moi, personne introvertie, me montrerai de cette manière sur internet.
Je ne regrette pas toutes ces heures passées devant mon ordinateur à réfléchir devant une page blanche, écrire, monter…

Huit années ce sont écoulés, voyons de quoi seront faites les autres.
Avec vous, de toute façon, cela ne peut qu’être beau à présent.

MERCI.

P.S : oui ce message manque cruellement d’amertume mais parfois le letchi peut être… doux (ahahah)

chaudron, 1991

 

Les émeutes du Chaudron en 1991 sont à l’histoire Réunionnaise ce que les émeutes de banlieues en 2005 sont à l’histoire de l’Hexagone.

 

Camarade Réunionnais, en lisant ces lignes tu te doutes déjà du sujet délavé que je m’apprête à aborder dans ce post : l’anniversaire des émeutes du Chaudron, 20 ans déjà ! Tu penses alors que je manque d’originalité à vouloir discuter d’un thème si peu passionnant et tu as sans doute raison. Mais, vu la disette qui sévit dans mon imaginaire en ce moment, je suis sans scrupule en  t’imposant ce fait « d’actualité » pourri.

 

Toi, lecteur métropolitain ou simple ignorant de l’histoire réunionnaise qui lit ces lignes, tu te demandes bien évidemment de quoi je parle ? Cela tombe bien puisque je vais faire aujourd’hui une rétrospection et t’expliquer à toi jeune innocent, ce que les gens ont appelé « le Réveil du Chaudron ».

Il était une fois, à l’ouest de la ville de Saint-Denis, un lieu rempli de bidonvilles où logeaient de pauvres habitants. Voyant cette gente désœuvrée, un homme politique nommé Michel Debré, eu une idée : construire des logements en béton pour remplacer les cases en bois et tôle (gagn’ pas dit « caz’ en bois sous tole » ?).

Hélas, nous sommes à ce moment-là dans les années 60-70 et le style architectural à la mode s’appelle la « barre HLM ». Mais cela ne rebute pas Michel Debré (et/ou Jean Ivoula) qui décide de faire construire ce style d’immeuble malgré sa laideur.

Ainsi naquit le Chaudron. Durant toute sa vie, ce quartier sera le lieu où vont loger les chômeurs et leurs familles, un peu isolé du centre-ville.

Ça c’est pour la première partie de l’histoire, car tu te doutes bien cher ami, que ce n’est pas uniquement le fait de vivre dans une barre HLM qui pousse les gens à foutre le feu dans les voitures… quoique…

Donc, dans les années 80, les chaînes de télévision privées font leur apparition à la Réunion, ou plutôt LA chaîne de télévision privée, puisque je parle de Télé Free Dom. Mais qu’est ce donc que cette chose ? une chaîne lancée par un gentil monsieur nommé Camille Sudre (oui c’est étrange de s’appeler Camille pour un mâle, mais bon, on ne choisit pas ces parents), elle diffuse des émissions où l’homme de la rue (ou la femme, ne soyons pas sexiste), aussi stupide ou intelligent soit-il donne son avis sur des sujets qu’il connaît ou pas. Un programme passionnant n’est-il pas ? Mais cesse de rire derrière ton écran car le concept de Monsieur Sudre a très bien marché et la chaîne est devenu très populaire chez les gens au chômage… La programmation de films d’arts martiaux et pornographiques n’est pas non plus étrangère à ce succès (euphémisme).

Mais voilà t’y pas, que le méchant CSA s’est rendu compte que la chaîne émettait de manière clandestine depuis 5 ans (non mais il est lent à quel point le CSA ? 5 ans pour s’en rendre compte ??). Il décide alors d’interdire la transmission de Télé Free Dom.

Et là c’est le drame ! Camille prend la parole et demande à ses téléspectateurs d’aller dans les rues et de défendre leur télévision.


C’est ainsi que des émeutes vont éclatés dans le quartier du Chaudron, comme si c’était le seul qui regardait cette chaîne finalement… (tous les chômeurs étaient au même endroit à la Réunion ?)

Des magasins seront pillés, des voitures incendiées, des manifestations violentes auront lieu dans les rues du Chaudron et les forces policières seront malmenées.

On déplorera ainsi la mort de 8 personnes dans l’incendie d’un magasin de meubles. Même après cet événement, les scènes de violence et de pillage ne s’arrêteront pas.

Des policiers viennent d’Hexagone pour calmer le jeu, le ministre de l’Outre-Mer fait une visite et écoute les revendications des meneurs des manifestations (Jean-Jo si tu nous lis !), il sera suivi quelque temps ensuite par le Premier Ministre. Les autorités se rejettent tous la responsabilité des émeutes, le Chaudron ardent est renvoyé chez les adversaires. Mais que veut le peuple ? le retour de sa chaîne de télévision et de l’argent pour arrêter de vivre dans la misère (en gros).

Malgré la violence de ces événements, le CSA restera sourd et mettra fin à l’existence de Télé Free Dom.

 

Là je vois tes yeux écartés devant ton écran cher lecteur. « Quoi ?? tout ça pour une chaîne de télévision ?! » et là pour le coup, je ne sais pas quoi te dire… Les événements des banlieues en 2005 avaient commencé par la mort de deux adolescents, et les Réunionnais, ils font la révolution pour la disparition d’une chaîne ??

Ben… oui, en gros c’est ça. Mais ces deux événements ont un point commun : le chômage et un cadre de vie bien pourri. La disparition de Télé Free Dom n’a été que le craquement d’allumette qui a mis le feu à un Chaudron déjà chaud bouillant !

 

Revenons maintenant à 2011, aujourd’hui le Chaudron accueille pour la deuxième année consécutive une sorte de « Saint-Denis Plage » (un peu comme Paris Plage mais en nettement moins classe). Du sable noir a été emmené dans le quartier pour que les jeunes puissent pratiquer des sports… de plage (dois-je préciser que nous sommes sur une île, que les plages sont accessibles en Car Jaunes à un tarif inférieur à 4 euros ?)

Cette manifestation arrive pile au moment de l’anniversaire des émeutes, c’est bizarre ça, pourquoi maintenant ? c’est d’autant plus étrange que nous ne sommes pas en période de vacances scolaires… Fallait t-il occuper les nostalgiques des émeutes pour les empêcher de brûler une voiture comme on brûle un cierge à la mémoire des manifestants ?

Le quartier est toujours le même, mais la vie y est rythmée par plusieurs associations et manifestations, (enfin c’est ce que certains rapportent, parce que le guide du Routard parle plutôt d’un lieu à éviter). Le Chaudron est désormais doté d’une piscine et de terrains de sport. Le problème principal, le chômage, est pourtant toujours d’actualité, mais il a pris une autre tournure :

« On veut pouvoir travailler, mais c’est compliqué. On a un diplôme, mais on ne trouve pas de travail. »

Effectivement, ça c’est un problème tout à fait différent de 1991 où les gens qui manifestaient n’avaient pas forcément fait d’études.

Mais heureusement, les bus Citalis qui traversent les rues ont tous une publicité vantant la mobilité : Avec le CNARM, je trouves en travail en métropole comme cuisinier, chef de rayon, steward, groum… merci le CNARM ! avec ce genre de métier, nos gars du Chaudron vont pouvoir vivre en hexagone et se payer un appartement dans… un HLM.

Attends… il y a un truc qui ne marche pas là… je n’arrive pas à mettre le doigt dessus…

Si tu te demandes ce que Mr Sudre est devenu, saches qu’il est toujours propriétaire d’une radio (Free Dom bien sûr) et qu’après les émeutes il avait créé un parti politique. Peu de temps après ce parti avait réussi à obtenir plusieurs sièges à l’hôtel de Région, faisant de lui, en 1992, le nouveau président de la collectivité. (qu’est ce que je dois rajouter là ? c’est suffisamment aberrant, non ?)

 

Aujourd’hui une de mes collègues en parlant du quartier du Chaudron :

« C’est populaire ! comme les gens habitent dans des barres, le soir ils sortent pour discuter et passer du temps ensemble c’est très sympa »

Un autre collègue :

« Je n’ai jamais eu le courage de rentrer dans ce quartier »

Moi :

« La vision du Score Chaudron m’a suffit… »

 

P.S : ce n’est pas un post folichon, mais bon c’était dans l’air !

P.P.S : je précise que le CNARM avait été créé à l’initiative de Michel Debré et que cet organisme, et son créateur, avaient les rôles principaux dans l’affaire des Enfants de la Creuse.