humeur : un igloo mafatais

Tu te souviens des hélicos qui nous berçaient le soir ? Des incendies qui teintaient de rouge le ciel ? Tu te souviens des images diffusées à la télévision nationale ? Des analyses tordues sur le pourquoi du comment de la société réunionnaise ? Je vois dans tes yeux de la nostalgie… ne t’en fais pas, cette année encore nous aurons droit à nos manifestations de jeunes désœuvrés et désorientés.

On commence avec les jeunes saint-lousiens qui, en ce mois anniversaire des événements du Chaudron 2, prennent le relais, ou plutôt le flambeau, afin de faire entendre leur réclamations.
Il manque de travail pour la jeunesse ? La solution des saint-louisiens : saccager les abris bus, bloqués les rond-points et le pont de la Rivière Saint-Etienne (déjà qu’on est embêtés par la fermeture du radier – j’y reviendrais). Dans cette manifestation il y a quand même deux trois trucs que je ne comprends pas : tout d’abord l’intérêt de brûler une école ? C’était quoi l’objectif ? On n’a pas d’emploi, faisons en sorte que la génération suivante n’ait pas d’éducation ? Ensuite, c’est quoi ce type qui armé d’une tronçonneuse s’en ai pris aux arbres de la ville ? « Aller, je vous montre que je ferais un super emploi vert pour la mairie ! j’élimine les arbres !! » A priori, il n’a pas tout compris du principe d’un emploi vert…
Enfin, devinez à qui les jeunes demandent des emplois ? Au maire de Saint-Louis ! Oui, parce qu’à priori ce sont les communes qui créer de l’emploi (je découvres, là)
Ma question c’est pourquoi chercher du travail à la mairie du Saint-Louis ? elle est sous tutelle de l’Etat pour ses finances, c’est l’une des communes les plus endettés de l’île ! Demandez un emploi à la ville de Saint-Louis revient à envoyer une candidature spontanée chez Petrolus ou Acelor Mittal France !
Autant faire votre demande à une commune en plein essor ! Comment ? Il n’y en aurait pas à La Réunion ? Toutes les communes sont dans le rouge ? Bon, ben, continuez à brûler des poubelles alors ! (et sinon le Pôle Emploi, vous avez testé, on m’a dit que c’était the place to be pour la recherche d’un travail ?)

Hier soir, les jeunes chaudronnais sûrement jaloux que l’anniversaire de leur manif 2012 soit éclipsé par les événements de Saint-Louis, se sont eux aussi amuser à brûler quelques poubelles. Bon ce n’est pas encore du niveau de l’année dernière… les gars, on vous a connu plus en forme ! On va commencer à vous prendre pour des ‘ti graines… Soyez à la hauteur de votre réputation ! Hier j’ai à peine entendu un hélico passait et quelques cris ! Même pas de quoi m’empêcher de dormir !

Pour revenir à Saint-Louis, je demanderais aux manifestants juste une chose : pas touche au radier de la rivière Saint-Etienne ! Il y a des limites ! Les poubelles brûlées et les écoles incendiées, d’accord, mais les embouteillages, non ! On en a déjà assez !

radier st etienne cri femme

(photo J.Lebon – JIR)

6 ans après Gamède et l’effondrement de l’ancien pont, le nouvel ouvrage d’art n’est toujours pas terminée (livraison prévue en début d’année 2013, non, plutôt en juillet, non, en fait c’est en septembre). Le radier mis en place en rivière pour le trajet St-Louis/St-Pierre n’a pas tenu aux pluies de Felleng (ni à celle de Dumile). N’empêche, chers travailleurs du nouveau pont et du radier vous avez quand même eu 4 ans sans aucune crue significative alors que les voitures passaient “dans” la rivière…. pas une fois durant cette période il n’y a eu de dégâts sur le radier ! Faut vraiment être chanceux… ou bien c… Je serais vous je poserais des questions à ma femme sur sa fidélité durant ces dernières années…
Mais en cette année 2013 (aller savoir si cela a un lien avec le 13), deux grosses perturbations en moins d’un mois, deux coupures du radier… et de longues, très longues file d’embouteillages pour passer sur l’unique pont restant…
Sur les ondes des radios, les 800 000 ingénieurs en génie civil de La Réunion ont crié leur mécontentement et donné leur avis sur la conception du radier et du futur pont… (800 000 ingénieurs à La Réunion et les jeunes Saint-Louisiens veulent avoir des emplois verts… je sens un problème là)
Les plaintes ne changeront rien au fait qu’il faudra 3h30 pour joindre Saint-Denis à Saint-Pierre. Ça rappellerait presque l’époque d’avant la route des Tamarins, sauf que là au lieu d’admirer le Cap La Houssaye coincé dans les embouteillages, on peut admirer l’étang du Gol et l’usine sucrière de Saint-Louis, c’est moins glamour, je vous l’accorde. Moi j’ai opté par les Plaines pour faire St-Denis/St-Pierre, résultat : 1h45 de route mais surtout un beau paysage de montagnes (avec des vaches).

En dehors de ces tracas, il y a quand même des nouvelles “insolites” sur l’île, comme cette annonce dans le JIR. On prévoit bientôt à La Nouvelle l’ouverture d’un Igloo.

mafate la nouvelle - igloo

Image non contractuelle

Alors que les zoreils tombés par hasard sur ce blog, se rassurent, il ne fait pas encore suffisamment froid à La Réunion pour qu’on remplace les vouves de bichiques par des harpons pour la chasse aux phoques. L’Igloo est un glacier, l’un des plus connus de l’île.
En trois ans, le glacier, historiquement implanté à Saint-Denis, a ouvert plus de nouvelles enseignes que Mc Donalds à La Réunion… et si les choix d’implantation jusque là m’avait étonné (Le Port, le Chaudron, Saint-André, Saint-Joseph…) ce n’était rien comparé à cette ouverture à Mafate !
Non, mais Mafate quoi ! le cirque le plus isolé, le mieux protégée de l’île aura un Igloo ! (J’imagine les Salaziens se farcir le Col des Boeufs et ces 2h30 de marche pour aller manger des profiteroles). Les puristes de la randonnée vous diront que de toute manière, La Nouvelle ce n’est pas Mafate, cet îlet a perdu de son charme et est depuis longtemps devenu un gros village… Oui, mais quand même, ça reste choquant !
On annonce que les glaces seront acheminés par hélicoptère depuis le littoral… Un délire digne du téléphérique Saint-Leu/Cilaos !
Quand on pense que l’hélico est surtout utilisé pour le transport de matériel nécessaire à la (sur)vie des Mafatais et leur apporter meubles et provisions, on se rend compte du luxe farfelue de manger des glaces faites sur le littoral (qu’on a quitté il y a quelques heures plus tôt – la glace goyavier est arrivée à La Nouvelle avant vous !).
Cela me rappelle une histoire sur Mme Desbassayns qui habitant dans à Villèle (St-Paul) demandait à ces esclaves d’aller chercher de la glace dans la région du Grand Bénare (à la Glacière) pour avoir des glaçons dans sa boisson en été… Grisant !

Gérald Mercadier a écrit un roman “Mafate City” dans lequel il d’écrit une Réunion futuriste où Mafate devient une grande métropole, j’espère que ce projet d’Igloo n’en est pas la première pierre, enfin, le premier glaçon…

humeur : grand raid 2012

Cela fait une semaine que mes vacances se sont terminées. En regardant les photos prises pendant mes 3 jours à Mafate, j’ai l’impression que tout cela s’est déroulé il y a un siècle…

Le retour à la réalité et au travail fut difficile, surtout quand ce retour débute par un trajet en bus assis à côté d’un grand gaillard transpirant qui a une quinte de toux toutes les 2 minutes (ce qui correspond à peu de chose près à chaque arrêt de car).

À Mafate, isolé de la civilisation et des jeunes chaudronnais, j’étais dans un autre monde, une autre réalité, plus douce, plus verte. Un vrai bonheur pour les yeux et l’esprit, un peu comme un documentaire de Yann Arthus Bertrand mais sans la voix-off moralisatrice prêchant la bonne parole écologiste.

Bien, trêve de mélancolie, je vous vois bailler derrière votre écran, quoi de neuf à La Réunion en ce moment ?

Le Grand Raid débute cette semaine ? Ah ben cool ça fait une bonne transition avec mes vacances… C’est la vingtième édition, déjà ? Comme le temps passe vite ! Je me souviens de l’époque où la compétition était à ses débuts. J’avais 5 ans, j’étais en grande section en maternelle et la maîtresse nous apprenait la chanson du gars qui avait une maison en carton et de son facteur au nez cassé. Quoi vous vous attendiez à un souvenir de la première édition du Grand Raid de ma part ? Je veux bien être précoce, mais à cette époque, je m’intéressais plus à Nicky Larson qu’à une bande d’hommes transpirants et en short parcourant les pitons, cirques et remparts de l’île…

Si vous vouliez de la nostalgie, vous n’avez qu’à demander au président de l’association du Grand Raid : Robert Chicaud (qui à une ressemble troublante avec Raymond de la série Scènes de ménages sur M6). Je suis sûr que si vous vous mettez sur ses genoux et que vous le lui demandez gentiment, papy moustache vous racontera l’histoire féerique du Grand Raid (alors appelé la Marche des Cimes) et de ses fous qui un matin en se levant se sont dit que ce serait trop cool de traverser l’île en courant avec un numéro sur le dos.

non, sans déconner, vous ne trouvez pas qu’il a un petit air de Raymond ? tout est dans la moustache

Oui, parce qu’il faut quand même être siphonné du cerveau pour s’engager dans une course pareille ! J’ai beau être nostalgique de ma retraite de 3 jours à Mafate, je n’oublie pas pour autant ma souffrance dans les montées et descentes de relief plus méchant les uns que les autres (aaahh ! la Brèche !). La même chose en courant me paraît être impossible ! et pourtant chaque année, des milliers d’aliénés se retrouvent à Saint Philippe à 22h, lampe frontale vissée sur le crâne, baskets aux pieds et testament préparé, prêt à montrer que zot’ aussi lé capab’.

Mafaaate ! Ton univers impitoyableeeuuh !

Nous retrouvons une partie d’entre eux à demi effondré 6 heures plus tard au pas de Bellecombe (ou à Mafate pour les plus résistants), épuisée, les yeux vides et les jambes aussi frêles qu’un château de cartes. « Ah ben c’est le jeu ! Quoi vous voulez que l’association vous paie les soins d’hôpitaux ? ça ne va pas être possible, notre structure risquerait de couler. Utilisez le trou de la Sécu, ils ne sont pas à quelques milliers d’euros près… Et non, pour la énième fois, un coureur qui abandonne ne peut pas se faire rembourser ses 135 euros d’inscription, vous savez, on est une association avec des petits moyens monsieur… » (sponsorisée par Tereos, EDF, SFR, le Crédit Agricole…)

ils ont beau peindre le parcours aux couleurs de la Gay Pride, cela ne l’empêchera pas d’être hard !

Cette image peu reluisante du raideur à demi comateux attendant l’extrême onction, vous ne la retrouverez pas sur les pubs des sponsors, il ne faut pas effrayer la population. Non, on préfère montrer de belles images de raideurs à la queuleuleu sur une crête ou courant avec comme arrière plan le lever du soleil sur le Piton de la Fournaise. Car la grande star de cet événement (avec le gagnant du Grand Raid) c’est bien sûr l’île de La Réunion.

Combien d’entre vous en regardant les images des raideurs parcourant l’île se sont dits avachis derrière leur écran de télé : « Té ! seulement nous n’a la chance habite su un île lé jolie oui ! » suivi d’un « dommage que mi gagn’ pu marché pour admir’ tout ça ». Oui, le réunionnais trouve son île jolie, mais préfère le tunning et les télénovelas à la randonnée. Il trouvera toujours une excuse pour justifier la moisissure qu’il y a sur ses baskets de rando : hernie, fatigue, distance, météo…

Météo ! Ah oui, que prévoit les Philippe Caroff (Météo France Réunion) pour cette année ? L’édition 2011 avait connu la boue et la pluie, pour les 20 ans du raid, on a droit à quoi ? Un cyclone ? ah oui, rien que ça… Té, Philippe toujours là pour nous peindre le ciel en gris… un cyclone au mois d’octobre, on avait une chance sur combien ? Tu le fais exprès, non ? et je pari que Gilles Mallet est aussi dans le coup. Plus avide de rouelles de porc que de course à pied, Gilou a du participé à ce plan machiavélique pour pourrir le Raid.

Reste plus qu’à attendre… Fé pas la boue avant la pluie…

Pendant que les raideurs se préparent, que les sponsors fassent leur pub, que le cyclone Anaïs s’approche et que la moustache de Robert Chicaud pousse, je m’en vais classer mes photos de Mafate. Car contrairement au lièvre-raideur pris dans sa course, la tortue-randonneuse que je suis, a le temps d’admirer la beauté de l’île quand elle parcourt ses sentiers.