un tour à la réunion

En début de semaine, l’éditorialiste du JIR (Journal de l’île de La Réunion), surfait sur l’actualité sportive du moment dans son monologue quotidien en parlant du Tour de France. Comme beaucoup d’entre vous (je présume) le savent la Grande Boucle entame sa 100ème édition après tout le scandale (s’il en est) autour du dopage de Lance Armstrong (notamment). Et pour la première fois de son histoire, le Tour passera par la Corse, non pas pour une, ni deux, mais bien trois étapes !

Plus de 240 ans après son “annexion” à la France, les organisateurs du tour de France découvrent l’île de Beauté, alors ils se sont déchaînés !

“Mes petits pédaleurs vous aller me la traverser la Corse en long et en large”.

On notera quand même que durant son siècle d’existence, le Tour est passé par la Belgique, la Suisse, les Pays-Bas, l’Espagne et même chez l’éternel ennemi britannique, mais n’avait toujours pas daigné faire un détour en Corsica.

Mais le sujet de l’éditorialiste était plutôt une improbable étape du Tour de France… à La Réunion ! Oui, les journalistes du JIR sont des auteurs de science-fiction frustrés…

Alors moi, simple blogueur lambda, je me suis pris également à imaginer la chose (tout second degré gardé bien sûr !).

Une (ou plusieurs) étapes du Tour de France à La Réunion, voilà bien un projet aussi fou que l’A380 à Gillot ou un téléphérique entre Saint-Leu et Cilaos.

Mais s’il y a bien une chose que le contribuable réunionnais sait, c’est que plus le projet parait absurde et démesuré, plus il a des subventions… par contre, pas sûr qu’il voit la lumière du jour (il est où mon tram-train ?).

Sérieusement vous imaginer ? Un Tour de France à La Réunion ?

Des petits cyclistes dopés à l’EPO… je veux dire à l’adrénaline parcourir les routes de l’île (re)goudronnés pour l’occasion… Non, vous n’y croyez pas ? et pourtant, quand on y pense, nous avons tant de belles routes à offrir à pareil compétition…

la_reunion tour de francePrenez la route des laves par exemple, l’une des plus belle route de l’île, un paysage atypique entre mer et volcan. Retransmis en direct dans le monde entier, une étape en ce lieu serait l’un des meilleurs coups de pub possible pour l’île (en tout cas plus efficace que “Les secrets du volcan”). Bon, le seul soucis serait de faire avaler cette idée aux maires des communes du Sud Sauvage, ils iraient une nouvelle fois au tribunal se plaindre du peu d’impact économique pour leur municipalité et nanani et nanana… (vi souvien le Grand Raid ?).

Abandonnons cette piste alors, l’édito suggère de faire passer l’étape sur la Route des Tamarins… Oui, pourquoi pas… la montée de Saint-Paul est intéressante même si c’est du pipi de chat pour un “meilleur grimpeur”… La Route des Tamarins présente plusieurs avantages, d’abord, la route est droite et lisse, ensuite elle montre à la fois une prouesse technique de l’Homme (oh ! les jolies ouvrages d’art !) mais aussi un espace naturel grandiose avec les ravines, le littoral et la mer.

Par contre pour cela, il faudrait fermer la route des Tamarins minimum deux jours… pas sûr que cela plaise aux automobilistes, il suffit que la date choisie tombe un week-end et déjà une association de réunionnais sera devant les porte de la préfecture avec des pancartes du genre : “rend’ à nou nout’ route” ou “Pas de Tour de France ici, fo mi sa’ voir mon famille z’Avirons”

Bon, ce n’est peut être pas une bonne piste (ahaha)… et pourquoi pas le littoral ouest avec son front de mer, la Nationale 1A ? il y a déjà des cyclistes qui y circulent tous les jours et c’est un coin tout à fait charmant avec la mer et la savane. Là encore, La Réunion propose un paysage original loin des sempiternelles campagnes hexagonales et leurs villages aux noirs clochers (comme Mât de cocagne). Oui, mais il faudrait passer par Saint-Leu… Mmm… non, c’est une mauvaise idée… ça va être récupéré à des fins politiques c’te histoire. Et puis, il ne manque plus que lors d’une étape on voit dans la mer un surfeur se faire bouffer par un requin… l’image de l’île ne s’en remettrai jamais !

Mais pourquoi pas la route du Littoral ? Bien sûr, ce serait après la création de la nouvelle “route sur la mer”. On mettrait un parcours sur “l’ancienne route”, les cyclistes seraient au plus près de La Réunion, tant cette falaise est emblématique ! Il faudra juste penser à enlever le radar…

On a peut être un risque de chute de pierre par contre, parce que les filets ne seront plus entretenues (poseur de filets sur la route en corniche, voilà un métier qui va disparaître sans que Jean-Pierre Pernault en fasse un reportage !). S’il y a chute de pierre, je vois déjà le genre de titres dans les journaux nationaux : “Tour de France : plusieurs cyclistes écrasés par une chute de pierre lors de l’étape à La Réunion, comment cela est-il arrivé ? pourquoi les organisateurs ont choisi une destination exotique au lieu d’une commune plus sûr comme Brive-la-Gaillarde ?”

Juste après, la Martinique et la Guadeloupe ont une hausse de 70% de la fréquentation touristique et chez nous CBO déposerai le bilan.

Triste perspective…

Faisons plus naturel, allons à l’intérieur de Bourbon et parcourons Cirques et Pitons (remparts ce serait trop demandé aux cyclistes, ou alors il y a des nouveaux produits dopants radioactifs dont je ne suis pas au courant). Quel bonheur ce serait de voir de petits cyclistes à la queue-leu-leu sur la route des Plaines, dans les virages de Cilaos ou sur la route du volcan !

Mais pour cela, il faudrait une autorisation du Parc National…. Ils vont peut être vouloir au préalable répertorier toutes les espèces endémiques sur le parcours pour les préserver et vérifier qu’elles ne risquent rien… Faudra compter 4 ou 6 ans d’études avant le Tour… pas pratique !

Une dernière solution, serait de faire une étape dans l’Est de l’île, entre Saint-Denis et Saint-Benoît entre champ de canne et temples malbars… C’est connu que les centre-villes de Sainte-Suzanne et de Saint-André n’ont rien à envier au charme des villages français ! (je ri en écrivant) Bon le risque de précipitations est énorme et les cyclistes ne sont peut être pas habitués aux pluies tropicales… Un mètre cube d’eau dans la tronche, si ça ne dilue pas la dope que t’as dans le sang ça !

Finalement, une étape du Tour de France à La Réunion ne serait peut être pas une bonne idée… pourtant la ferveur populaire serait là ! Les réunionnais se seraient découvert une passion pour le cyclisme comme les français pour le football après le Mondial de 1998 (je me fais vieux). J’imagine déjà le long du parcours les journalistes “marrons” de Freedom commenter la course.

“Freedom, radio guidage, on rejoint Jean-Eudes pour un carambolage sur la route des tamarins”

“ben là, le peloton Tour de France i vienn’ craz’ sa gueule sur le pont Trois-Bassins…”

Les directs de Réunion Première, les unes des journaux nous parlant de l’événement cycliste tous les jours avant, pendant et après.

“Le Tour à La Réunion : le tracé toujours pas validé par le Parc National qui compte encore les espèces endémiques”

“Le Tour à La Réunion : Ratenon dit que “oui un réunionnais lé capab’ gaign’ un l’étape, nou lé pas plus, nou lé pas moin””

“Le Tour à La Réunion : G. Annette annonce la création d’un système de vélo en libre service à Saint-Denis – dont 5 stations à la Montagne”

“Le Tour à La Réunion : l’élection de Miss Vélo Réunion, les candidates”

Toute cela laisse songeur…

De toute façon, ce n’est pas demain la vieille qu’on aura une étape de la Grande Boucle à La Réunion. Si on considère que les organisateurs du Tour de France ont pris 240 ans avant de découvrir la Corse et que La Réunion est devenue département français en 1946… il n’y aura pas d’étape chez nous au moins avant 2186. Tant mieux, ça nous laisse le temps de trouver des solutions pour l’organisation… et de faire les études préliminaires pour le Parc National.

* j’ai préféré faire le calcul à partir de la date de départementalisation de La Réunion plutôt que la date de prise de possession de l’île (1642) parce que j’aurais eu un chiffre négatif… oui, La Réunion était française avant la Corse…

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[vidéo] manifestations syndicales

En mai, fait ce qu’il te plaît, eh bien, « beaucoup » de gens sont partis manifester !

C’est la lutte finale-euh !

ATTENTION !!

Le Letchi pense aussi au petit zoreil perdu sur ce site et qui a dû mal avec le créole réunionnais, des sous-titres en français sont disponibles pour cette vidéo ! Il suffit de cliquer sur le logo « sous-titres » de la fenêtre Youtube (l’espèce de carré avec CC dedans) et de choisir « Français » (et pas « Français (sous-titres automatiques) ). Bon visionnage !

[vidéo] le patrimoine d’un pied d’riz

Vidéo

Avec l’affaire Cahuzac, je me suis interrogé sur le patrimoine des réunionnais, ou plutôt les signes extérieurs qui montrent qu’on a un gros p…. patrimoine.

Veuillez excuser les changements de luminosité entre les scènes, mon système d’éclairage (le soleil) n’était pas au point.

humeur : les ricains ont leur gamède

C’est quoi leur problème aux Taz’unis ? Un cyclone ? On essaie de nous faire croire qu’un pays aussi grand, aussi riche, aussi équipé que les États-Unis ne sont pas capables d’affronter un pauvre cyclone ? C’est une plaisanterie ! Une propagande antiaméricaine née dans l’Extrême-Orient pour décrédibiliser la première puissance mondiale !

Le pont de Brooklyn et de l’eau pour noyer chagrin et peine… (Photo : Bebeto Matthews)

Eh bien, non. Cela tourne en boucle dans les journaux nationaux : l’ouragan Sandy est passé sur la côte est américaine dans la soirée du 29 octobre, effrayant les habitants déjà stressés par la campagne présidentielle.

Mais qui est donc cette Sandy ?

Née dans la chaude mer des Caraïbes, Sandy est un cyclone de catégorie 2 qui, après avoir touché les grandes Antilles et la Floride, s’est dit que ce serait bien de faire un peu de tourisme à New York et peut être aller voir un spectacle à Broadway.

Vu de La Réunion, Sandy n’a pas l’air très effrayante, un cyclone qui n’arrive pas à la cheville de Gamède (2007, catégorie 3) ou de la belle Dina (2002, catégorie 4) qui avaient toutes deux ravagés l’île avec leurs vents dépassant 200 km/h (contre 180 km/h pour Sandy) sans que cela n’apparaissent dans les médias internationaux.

Quand la merde arrive… il faut savoir faire face… tout en évitant le panneau publicitaire emporté par le vent

Alors, effectivement pourquoi un tel engouement pour un système dépressionnaire si commun sous nos latitudes ?

La réponse se trouve sans doute dans ce que représente New York aux yeux du monde (et des médias français), une ville cosmopolite, lieu remplis de fantasmes. Les spectateurs aiment voir les géants se plier de douleur, s’effondrer face au catastrophe. Aussi, ils se délectent de voir des rues et quartiers mythiques (Broadway, Time Square), aussi déserts que dans les films de catastrophes hollywoodiens. Ils jouissent de voir le sacro-saint lieu du capitalisme qu’est Wall Street fermé pour la première fois depuis le 11 septembre 2001. Ils s’extasient à voir les lumières de la ville qui ne dort jamais s’éteindre à cause des pannes d’électricité.

Un « plaisir malsain » déjà ressenti lors du passage de l’ouragan Katrina. « Comment un pays aussi riche ne peut-il pas venir en aide à ses propres habitants ? » disions-nous alors avec une bonne dose de fierté caché derrière notre système d’alerte et de prévention réunionnais (exporté depuis 1999 aux autres départementaux français).

Avec Sandy, c’est le retour de cette critique remplis d’orgueil. Pour une fois qu’on est mieux lotis que les ricains, on ne va pas bouder notre plaisir. On n’a pas gratte-ciels, de comédies musicales, de taxis jaunes, ni de métro, mais au moins on sait faire face à un cyclone.

Oui, mais (car il y a toujours un « mais » qui débarque dans mon discours pour nuancer mes propos), les new-yorkais contrairement à nous, ne voient que très rarement un cyclone passer au-dessus de leurs têtes. Selon les météorologistes, Sandy est l’ouragan le plus important qu’ait connu l’État de New York depuis plus d’un siècle. Ce n’est donc pas un phénomène fréquent pour les mangeurs de hot-dogs.

Face à cette situation « nouvelle », les autorités font de leur mieux : le maire de la ville a demandé à ses habitants de ne pas saturés les lignes de secours inutilement (ils n’ont pas Free Dom là-bas pour extérioriser leurs petits malheurs) et de ne pas sortir de chez eux, des consignes qui nous paraissent évidentes à l’île Bourbon.

Juste avant le passage de l’ouragan, la population s’est rué dans les magasins pour acheter des provisions. Un phénomène familier pour un réunionnais qui à chaque alerte orange doit se battre pour récupérer la dernière bouteille d’eau du Score Jumbo.

Les gens, même s’ils ont été informés, découvrent une situation météorologique inédite pour eux, même si aux yeux des réunionnais tout ceci semble « banale ». Qui sommes-nous pour juger ?

Comme me l’a fait remarquer un collègue, imaginons que La Réunion se trouve victime de chutes de neige avec des routes couvertes de 10 cm d’épaisseur. Une situation commune pour un new-yorkais (et un zoreil aussi d’ailleurs) mais qui paralyserait l’île pendant quelques jours par manque d’habitude (et inonderait Free Dom d’appels inutiles et pousserait le maire de Saint-Leu à faire un arrêté municipal pour interdire la neige de tomber…)

Sandy nous semble bien peu face à notre vécu climatique, mais chaque habitant de la Terre du fait de sa situation géographique a des liens différents avec le dieu Éole.

On peut tout de même déplorer le manque d’information sur les victimes du cyclone Sandy à Haïti ou à Cuba. C’est une question de style ma petite dame ! Pour le téléspectateur, regarder New York sous les eaux, c’est jubilatoire, regarder un haïtien perdre sa maison, c’est culpabilisant. J’ai du mal cependant à comprendre le peu d’intérêt qu’ont les médias pour les autres états américains touchés… Le New Jersey n’est pas suffisamment glamour ?

Plus de doute, des hippies travaillent pour le service météorologique américain

En tant que réunionnais, on pourrait aussi se plaindre que les médias nationaux parlent plus d’un événement météorologique outre-atlantique (aussi exceptionnel soit-il) que d’un événement similaire lorsqu’il arrive sur son propre territoire (quand un cyclone touche La Réunion, TF1 s’emballe t-il autant ? Bon en même temps, on en a marre de la mauvaise pub qui plombe le tourisme).

Scrutons le ciel et les médias, attendons le prochain cyclone qui frappera La Réunion et voyons si les journaux nationaux s’intéressent à notre misère.

En plus, il y a des chances qu’une dépression nous agresse cette année. Philippe Caroff, ce brave Philippe de Météo France Réunion, a annoncé hier que la saison cyclonique qui débute devrait être normale voir supérieur à la normale, différente donc de celle de 2011/12 (exceptionnellement pauvre en système dépressionnaire).

Mais ne nous emballons pas trop vite, j’ai appris aujourd’hui par une collègue que 80% du territoire de la commune de Saint-André était en zone inondable. Aussi éduqués que nous sommes face aux cyclones, nous restons fragiles.